lundi 26 novembre 2012

Valérie Pécresse, soudain l'été dernier...(2012)

Valérie Pécresse, soutien d'Alain Juppé, présidente de la région Ile-de-France, et ancienne ministre (Universités, Budget) exprimait sa douleur lors de la visite d'Ayrault à Berlin en novembre MMXII : la Vrôôônce recevrait des leçons de l'Allemagne (Dame Pécresse ignore l'injonction du fiston de Leïla Ould Cadi (1) au patronat allemand pour le relèvement des salaires); elle prétend que ça ne serait jamais arrivé avant 2012 et l'avènement de F. Hollande. Cette personne s'était déjà signalée cet été (2) en exprimant son idolâtrie de sa nationalité française : "Ma nationalité, c'est mon bien le plus précieux. Être français, pour moi, c'est le bien le plus précieux et je n'y renoncerais pour rien au monde."

 Ce franchissement du mur du çon par la députée des Yvelines entache l'image de son favori pour la primaire de la Droite et du Centre. L'erreur de Madame Pécresse, si toutefois elle pense vraiment ce qu'elle dit, est de considérer que l'entité France est toujours un Etat-nation, comme naguère, alors qu'elle est devenue un Etat plurinational (3). La nationalité idolâtrée par Dame Pécresse est ce qu'elle a en commun avec des millions d'autres personnes qui n'ont rien d'autre en commun précisément avec elle que cette nationalité : pas de mémoire historique commune, pas de références culturelles communes etc...

                                                            

Faire comme si... l'Etat plurinational était toujours un Etat-nation, disons classique, impose l'adhésion à une idéologie nationaliste fondée sur de prétendues valeurs communes (en fait : universelles), l'intégration dans une synthèse mémorielle des références venues d'ailleurs (4), une inévitable Police de la Pensée et de l'Histoire. Ca ne peut pas être spontané. Proclamer son attachement à l'Etat-nation France qui est devenu autre chose qu'un Etat-nation, c'est égarer le public et perdre du temps. Dame Pécresse souffre d'un "mentality gap".

N O T E S

(1) Arnaud Montebourg (°1962), ministre du Redressement (sic) Productif du gouvernement Ayrault est le fils de Michel Montebourg et de Leïla Ould Cadi; il a été le compagnon d'Audrey Pulvar avec laquelle il formait une paire représentative de la "diversité à la française";

(2) elle réagissait à l'information selon laquelle l'entrepreneur Arnault allait solliciter la nationalité belge; sa réaction était d'autant plus malheureuse que l'obtention éventuelle par celui-ci de la nationalité belge n'impliquait pas la perte de la nationalité française; la réaction de Valérie Pécresse est proprement idolâtrique;

(3) parmi les Etats du monde, la Bolivie semble être le seul à avoir intégré dans son nom officiel la référence plurinationale : Estado Plurinacional de Bolivia;

(4) réecrire l'histoire de France pour que les arrière petits-fils de fellaghas puissent se considérer Français et de même pour les cousins de Frantz Fanon et les sectateurs du gang Klarsfeld etc...; il faut se souvenir de l'abrogation de la loi de 2005 qui proposait la prise en compte dans les programmes d'Histoire des aspects positifs de la colonisation, des manifestants qui scandaient durant l'hiver 2009 sous les tropiques : "La Guadeloupe, elle est à nous"; durant ce même hiver 2009, des chercheurs spécialisés dans l'étude de l'opinion publique (en Allemagne, ça s'appelle la démoscopie), écartaient le risque de contagion à la France d'Europe (la Métropole) des troubles alors en cours en Guadeloupe : la population de la Guadeloupe est relativement homogène, unie par une mémoire historique largement partagée, tout le contraire de la France d'Europe.

samedi 17 novembre 2012

Arrogance, un produit made-in-France

L'insupportable arrogance made-in-France : "Faîtes ce que je dis, mais ne faîtes surtout pas ce que je fais, car je ne saurais le tolérer".

Rendant compte dans l'édition du soir d' Arte Journal du jeudi 15 novembre 2012 de la visite de Jean-Marc Ayrault, alors Premier ministre, à Berlin, la journaliste Marie Labory demandait avec insistance (elle s'y est reprise à deux fois) à une spécialiste allemande des relations franco-allemandes résidant à Paris, si on était conscient en Allemagne de l'arrogance (sic) des critiques, recommandations, observations formulées par les milieux dirigeants de ce pays (1) envers la politique économique française du tandem Hollande-Ayrault. Pour la satisfaire, l'interlocutrice de Marie Labory a bien voulu concéder évasivement une réponse affirmative. Il n'a pas été question de la bourde (2) de Jean-Marc Ayrault (Notre-Dame des Landes, priez pour lui !), agrégé d'allemand (depuis combien de temps n'a-t-il pas enseigné devant des élèves ?) : Ayrault confond "fürchtbar", c'est-à-dire "effroyable", avec "früchtbar", ou "fructueux". Enfoncé, De Gaulle, qui en visite en Allemagne en 1962, s'était adressé à un officier en l'appelant "Herr Ober", c'est-à-dire "garçon", ou "serveur", au lieu de "Herr Oberst", ou "Mon Colonel" !

Là-dessus, Arnaud Montebourg, alors ministre du Redressement (sic) Productif, enjoint aux entreprises allemandes de relever les salaires (3).

Arrogance ? Vous avez dit arrogance ?

 Le fils de Michel Montebourg et de Leïla Ould Cadi est incapable d'empêcher Peugeot de fermer son usine d'Aulnay-sous-Bois à quelques kilomètres de Paris, mais il prétend dicter aux partenaires sociaux en Allemagne ce que devraient être les salaires dans ce dernier pays.

The Economist a dit la vérité : il doit être dénoncé.

 Puis paraît le numéro de l'hebdomadaire The Economist dont la couverture illustre la dangerosité de la politique économique de la France, pour elle-même et pour la zone euro (4). Arnaud Montebourg, ancien avocat de l'assassin de René Bousquet, enrage : l'hebdomadaire de langue anglaise ayant constaté et dit que le roi était nu, celui qui était alors le compagnon d'Audrey Pulvar (à eux deux, ils étaient une très vivante incarnation de la "diversité" (5)) le déclare équivalent à Charlie Hebdo. Je ne sais pas si Charlie Hebdo a apprécié.... La hargne vrôôônçaise contre les révélations et analyses de The Economist va jusqu'à faire rappeler sur France En'Culture par Jean-Claude Casanova (6) (La Rumeur du Monde, 17/11/2012) que ce journal n'aurait rien compris à la politique intérieure allemande entre 1933 et 1939 (traduisez : l'hebdomadaire n'appelait pas à la guerre contre le Reich national-socialiste avant 1939). C'est là un reproche d'incorrection politique de la plus extrême gravité...

Valérie Pécresse franchit le mur du çon

Valérie Pécresse, soutien de François Fillon pour la présidence de l'UMP en 2012, et ancienne ministre de son champion (Universités, Budget) exprime sa douleur : la Vrôôônce reçoit des leçons de l'Allemagne (Dame Pécresse ignore l'injonction du fiston de Leïla Ould Cadi au patronat allemand pour le relèvement des salaires); elle prétend que ça ne serait jamais arrivé sous le gouvernement Fillon. Cette personne s'était déjà signalée cet été en exprimant son idolâtrie de sa nationalité française : "Ma nationalité, c'est mon bien le plus précieux. Être français, pour moi, c'est le bien le plus précieux et je n'y renoncerais pour rien au monde." Ce franchissement du mur du çon par la députée des Yvelines entache l'image de son favori pour la présidence de son parti (7). L'erreur de Madame Pécresse, si toutefois elle pense vraiment ce qu'elle dit, est de considérer que l'entité France est toujours un Etat-nation, comme naguère, alors qu'elle est devenue un Etat multinational (8). La nationalité idolâtrée par Dame Pécresse est ce qu'elle a en commun avec des millions d'autres personnes qui n'ont rien d'autre en commun précisément avec elle que cette nationalité : pas de mémoire historique commune, pas de références culturelles communes etc... Faire comme si... l'Etat multinational était toujours un Etat-nation, disons classique, impose l'adhésion à une idéologie nationaliste fondée sur de prétendues valeurs communes (en fait : universelles), l'intégration dans une synthèse mémorielles des références venues d'ailleurs. Ca ne peut pas être spontané. Proclamer son attachement à l'Etat-nation France qui est devenu autre chose, c'est égarer le public et perdre du temps. Dame Pécresse souffre d'un "mentality gap".

La Grande Nation a vocation à donner des leçons au reste du monde, mais ne saurait tolérer d'en recevoir.

L'arrogance est décidément un fleuron de la production française, et la classe politico-médiatique de la Vrôôônce ne supportent pas l'ombre du moindre début de concurrence ou de réciprocité en la matière.



   "Il n'y a pas d'autre Grande Nation que moi, foi de Marianne !"                                                 


La Grande Nation aurait des droits exclusifs.


N O T E S

(1) il s'agit de propos tenus en privé par des membres du gouvernement, et rapportés par les médiats, ou d'articles de presse ("La France sera-t-elle la prochaine Grèce ?"), ou de propos de l'ancien chancelier social-démocrate Schröder selon lequel les marchés auraient vite fait de remettre les pendules à l'heure au cas où Hollande s'obstinerait à en rester à la politique annoncée pendant sa campagne présidentielle; cette attitude s'explique aisément : si l'économie française connaît le sort de celles de la Grèce ou de l'Espagne, l'Allemagne se trouvera en première ligne et en difficulté à son tour; c'est "l'effet domino"; pour la rédaction d'Arte Journal, il est probable que ce qui est inacceptable, c'est que ce soit un gouvernement de gauche (Arte avait soutenu Hollande contre Sarközy lors de la dernière élection présidentielle) qui soit critiqué par des membres d'un gouvernement qui n'est pas de gauche;

(2) peut-être ne l'avait-il pas encore commise au moment où Marie Labory présentait cette édition d'Arte Journal;

(3) il est dans l'ordre des choses que le Ministre français du Redressement (sic) Productif souhaite que le coût du travail dans d'autres pays de la zone euro se rapproche de celui qui est supporté par les entreprises et l'économie françaises; l'arrogance vient de l'injonction provenant d'un membre du gouvernement d'un pays dont la classe politico-médiatique manifeste une susceptibilité pathologique à l'égard de toute critique, ou même de non admiration envers la politique nationale : Montebourg fait et dit aux autres ce qu'il n'admet qu'on lui fasse ou dise à propos de la politique française;

(4) l'illustration de couverture présente la France comme une bombe à retardement au coeur de l'Europe;

(5) Arnaud Montebourg est d'origine franco-algérienne et Audrey Pulvar est Martiniquaise; à eux deux, ils étaient une icône de la France Black-Blanc-Beur;

(6) Jean-Claude Casanova fut un ami et collaborateur de Raymond Barre, notamment après 1981 et pendant la campagne présidentielle de celui-ci en 1988; on avait déjà pu remarquer l'évolution de ce publiciste lorsqu'il paraissait s'étonner et regretter que l'ancienne majorité devenue opposition ... se soit, dès l'élection de Hollande, posée ... en opposition résolue à celui-ci, dans une précédente émission "La rumeur du monde" sur France Culture;

(7) François Fillon eut pour mentor Philippe Séguin qui commit naguère un ouvrage intitulé "Plus Français que moi, tu meurs !" (sic), qui avec Chevènement, applaudit à l'invitation d'Alain Juppé, formulée en 1999 ou 2000,  à recourir plus amplement aux flux migratoires sud-nord, qui Premier Président de la Cour des Comptes, oeuvrait encore pour l'intégration des populations issues de l'immigration par le sport (il évoquait à la radio l'effet de conversion que pouvait avoir sur un électeur du Front National un but marqué pour une équipe de France de football par un joueur d'origine maghrébine. Le pseudo nationalisme français, le prétendu "souverainisme", sont parfaitement recyclables pour la promotion des flux migratoires sud-nord et certains aspects de la mondialisation;

(8) le nom officiel de l'Etat bolivien se réfère à son caractère multinational; l'entité France est beaucoup plus multinationale que la Bolivie.

dimanche 11 novembre 2012

Radio Stuttgart : "Pas de blocus, ni de siège" (05/11/1939)


Le texte ci-après, intitulé "Pas de blocus, ni de siège", est la version écrite de l'éditorial de l'émission en français de Radio Stuttgart diffusé le 5 novembre 1939.

Radio Stuttgart est un des émetteurs du Reich allemand, un Etat avec lequel la République française est, de fait , en guerre depuis deux mois; le but de l'éditorial est de contrer la propagande du Commissariat Général à l'Information du gouvernement français selon lequel le Reich allemand serait soumis à un blocus et assiégé.

Le public visé par l'émission est le public résidant en France. C'est un éditorial d'une station de radio d'un Etat en guerre, adressé à la population d'un pays avec lequel ce même Etat est en guerre. La diffusion sur les ondes de cet éditorial intervient pendant la période qualifiée de "drôle de guerre" entre septembre 1939 et mai 1940.

Pas de blocus, ni de siège

Français qui m'écoutez, savez-vous quel est, en ce moment si grave de nos vies (1), le sujet qui peut causer le plus d'étonnement à ceux qui ont toujours considéré que nous (2) étions un peuple profondément intelligent et capable, plus qu'aucun autre, de raisonner froidement et de peser les faits à leur juste valeur ?

Eh bien, c'est de voir avec quelle incroyable facilité, avec quelle apparente délectation dans l'absurde, vous admettez sans contrôle, sans discussion, des affirmations, toujours les mêmes, alors qu'elles sont, de toute évidence, contraires au plus élémentaire bon sens. C'est ainsi que vous allez répétant, sur la foi de la presse, que l'Allemagne est bloquée, et que la France et l'Angleterre n'ont qu'à poursuivre leur siège pour récolter la victoire.

Hélas pour la France (3), l'Allemagne n'est nullement assiégée !

Et d'abord, qu'est-ce qu'un siège ?

Un siège est un acte de guerre par suite duquel une ville, un fort, ou tout autre lieu, est entouré d'ennemis au point de ne plus communiquer avec les régions avoisinantes, et de ne pouvoir que très difficilement, ou pas du tout, recevoir de l'aide de l'extérieur. Un lieu assiégé ne peut vivre que sur ses ressources, jusqu'à ce que leur épuisement amène sa reddition.

Est-ce le cas de l'Allemagne ? D'aucune manière.

Faisons une comparaison qui nous aidera à comprendre exactement la situation : imaginons, pour un moment, qu'une armée quelconque soit parvenue jusqu'à Paris et ait attaqué la capitale entre la Porte de Champerret et la Porte Maillot, tout le reste du pourtour de Paris restant libre, toutes les autres portes permettant au trafic normal de s'effectuer.

Diriez-vous que Paris est bloqué ?

Diriez-vous que Paris est assiégé ?

Non, n'est-ce pas !

Vous diriez, à juste titre, que Paris est attaqué sur une faible portion de sa périphérie. Alors si, dans de telles conditions, vous n'admettriez pas qu'on parle d'un siège de Paris, pourquoi répétez-vous (4) sans cesse ce mot quand il s'agit de l'Allemagne ? Toutes proportions gardées, ce que je viens de dire de Paris s'applique à l'Allemagne. Nous (2) attaquons le Reich le long de notre commune frontière, sur un espace qui n'est pas proportionnellement plus grand que la distance qui sépare la Porte Maillot de la Porte de Champerret. Les 300 kilomètres sur lesquels s'étendent les lignes Maginot et Siegfried sont, à peu près, la onzième partie des frontières actuelles du Reich. Tout le reste de ses frontières est libre de toute attaque : bien mieux, il demeure ouvert à des ravitaillements qui ne feront que croître en importance.

Est-ce là un siège ?

Est-ce là un blocus ?

Non, évidemment.

Alors pourquoi se gargariser avec des mots qui n'ont pas de sens ou, tout au moins, qui ne s'appliquent pas à la situation ?

Parce que, en parlant de l'Allemagne, vous avez peur de la vérité, parce que la haine (5) que certaine presse (6) a distillée goutte à goutte a fini par obscurcir votre entendement et parce que le peuple le plus intelligent en est venu à penser qu'en dénigrant la situation de son adversaire il en viendrait plus facilement à bout !

Croyez-moi, les conditions d'existence du Reich ne sont pas du tout celles qu'on veut vous faire admettre. Oh, sans doute, tout est rationné, rien n'est laissé au désordre, le gaspillage est impossible, mais une vie suffisante est réservée à chaque citoyen, une vie qui ira en s'améliorant et qui peut sans inconvénient durer des années. Je vais vous donner à ce sujet quelques explications.

Vous devez bien vous rendre compte que les dirigeants du Reich, qui ont préparé l'Allemagne à toute éventualité, n'ont pas négligé la question primordiale des vivres alors qu'ils avaient encore à la mémoire les difficultés cruelles qui les avaient confrontés (7) à le fin de la dernière guerre. En fait, les provisions emmagasinées sont suffisantes pour beaucoup plus d'une année, et cette période est calculée en admettant, hypothèse absurde évidemment, que durant ce laps de temps, le Reich ne recevrait rien de son sol ou de l'étranger. Or, le ravitaillement de l'étranger, en dépit de la presse française et de ses contre-vérités, est déjà considérable et ne fera qu'augmenter. En dehors du commerce presque normal que l'Allemagne continuera à entretenir avec les Neutres, nous devons considérer les deux grandes sources d'approvisionnements que ses actes politiques lui ont ménagées : la Russie et les Balkans.

On vous a dit à maintes reprises que l'aide matérielle que la Russie pouvait fournir était de peu d'importance et je vous ai fait remarquer que, si vraiment elle était sans valeur, les bassesses de notre diplomatie (8) aux pieds de Moscou ne s'expliqueraient pas. En réalité, l'aide des Soviets (9) est de première importance pour un pays comme l'Allemagne, car ses techniciens sont capables d'intensifier énormément la production de ce réservoir inépuisable de ressources agricoles et minérales. Cela prendra quelque temps; moins que vous ne l'imaginez certainement.

En ce qui concerne les Balkans, des contrats issus de traités de commerce, garantissent au Reich toutes les livraisons en pétrole, céréales et autres produits dont il a besoin. L'influence anglo-française (10) qui s'efforce de détourner les peuples des Balkans de leurs obligations contractuelles envers l'Allemagne, doit tenir compte désormais de ce que les Russes sont à portée.

Les ressources du Reich sont destinées à croître dans une proportion considérable, en dépit des erreurs que l'on cherche à vous faire admettre, sur ce point comme sur beaucoup d'autres. Dans ces conditions, voulez-vous réfléchir un moment et vous demander ce que le blocus anglais peut bien faire contre l'Allemagne. Au lieu de recevoir certains produits par l'Océan Atlantique, elle les verra venir à elle par sa frontière de l'Est. Dites-moi, franchement, croyez-vous que le Reich soit assiégé ? Le seul siège qui existe en ce moment, c'est celui que les journaux français (6) essaient d'entreprendre autour de vos intelligences, dans l'espoir de vous faire admettre tous les bobards et toutes les bourdes et de vous acculer à renoncer à l'exercice sacré de votre jugement personnel (fin de l'éditorial du 5 novembre 1939 des émissions de Radio Stuttgart en langue française, intitulé "Pas de blocus, ni de siège".

N.B. : à aucun moment, dans le cours de cet éditorial, le nom de Hitler n'est mentionné, pas plus qu'il n'est fait une quelconque allusion aux Juifs ou à des projets du gouvernement du Reich allemand à leur égard.



N O T E S

  1. la gravité du moment : le pays d'où est diffusé cette émission (le Reich allemand) et le pays vers lequel elle est diffusée sont en état de guerre l'un avec l'autre; toutefois, les opérations sont limitées, c'est « la drôle de guerre » dont on peut encore espérer qu'elle ne débouchera pas sur une guerre d'envergure;
  2. l'éditorialiste français des émissions de Radio Stuttgart s'identifie à
    ses compatriotes : il dit « nous » en parlant d'eux et de lui-même, et il
    rappelle certaines qualités généralement attribuées aux Français;
  3. l'éditorialiste se place du point de vue de la fraction de l'opinion publique française convaincue par la propagande officielle du gouvernement de la 3e République, diffusée notamment par le Commissariat Général à l'Information animé par Jean Giraudoux (1882-1944) et la coopération d'exilés allemands opposants au national-socialisme, dont Alfred Döblin (1878-1957);
  4. c'est en fait la propagande officielle du Commissariat Général à l'Information qui répète cet argument à l'intention du public français; l'éditorialiste de Radio Stuttgart a pour objectif de contrer et d'anéantir cette propagande;
  5. la haine anti-allemande est indéniable, indépendamment de ce qu'on peut penser du régime national-socialiste; certains milieux français n'ont pas accepté l'unité allemande de 1871 qui a eu notamment pour conséquence d'enlever à la France toute possibilité de prépondérance géopolitique en Europe continentale (à moins d'un démembrement de l'Allemagne que la France ne parviendra jamais à imposer à ses Alliés); à cette rancoeur ancienne sont venus s'ajouter l'hostilité idéologique envers le national-socialisme de milieux dits de gauche, et l'hostilité de milieux que la politique du 3e Reich envers les Juifs (qui, en tant de paix ou de drôle de guerre n'a encore que des effets très limités) a fait basculer dans le camp des bellicistes, de ceux qui veulent en découdre avec la 3e Reich, soit parce qu'il est allemand, soit parce qu'il est national-socialiste, soit parce qu'il pratique une politique d'antisémitisme d'Etat, et souvent pour deux de ces raisons, ou les trois à la fois;
  6. « certaine presse », « les journaux français » : il s'agit de la presse contrôlée par le Commissariat Général à l'Information d'un pays en guerre; le contrôle de l'information est la règle dans tout pays en guerre; c'est pour cela que l'épidémie de grippe de 1918-1920 fut dite « espagnole » : l'Espagne n'étant pas en guerre, on y parlait ouvertement de l'épidémie, à la différence des pays qui étaient en guerre et dans lesquels ce genre d'information était censuré pour ne pas atteindre au moral des populations;
  7. il est ici fait référence à la grande misère en Allemagne au lendemain de la Guerre Mondiale de 1914-1918, conséquence du blocus de l'Allemagne, des troubles politiques consécutifs à la chute de l'Empire, aux réparations imposées par le traité de Versailles, à l'afflux de réfugiés et d'expulsés en provenance de territoires enlevés à l'Allemagne, à l'occupation franco-belge de la Ruhr de 1923, à l'hyper-inflation de la même année;
  8. l'éditorialiste fait allusion à la politique de la France envers l'Union Soviétique avant que celle-ci ne se lie avec le Reich allemand par un « pacte de non agression » en août 1939; il la qualifie de « bassesses » et a recours à l'argument : si vous attachiez tant de prix, avant août 1939, à l'entente avec Moscou, comment pouvez-vous maintenant affirmer que l'entente entre Moscou et Berlin est sans grand intérêt pour le Reich allemand ?;
  9. comme le Général de Gaulle, l'éditorialiste des émissions en français de Radio Stuttgart n'emploie pas les expressions URSS, Union Soviétique; il dit : la Russie, les Soviets comme … le Général de Gaulle; ce même éditorialiste semble curieusement envisager une aide allemande au développement de la Russie des Soviets; une telle éventualité était improbable : ni le Reich allemand ni l'Union Soviétique n'ont sincèrement adhéré au Pacte qu'ils ont signé pour des raisons d'opportunité à court terme : le Reich allemand apporte discrètement son aide aux Finlandais attaqués par l'Union Soviétique (pas assez discrètement pour que Moscou puisse l'ignorer) pendant la Guerre d'Hiver, tandis que l'ambassadrice soviétique à Stockholm, Alexandra Kollontaï ne cache pas que le gouvernement de son pays n'attend que l'occasion de « briser les reins » (sic) du fascisme allemand (cf. : Histoire de la Guerre Froide, d'André Fontaine);
  10. habilement, l'éditorialiste suggère à ses auditeurs, en parlant d'influence anglo-française (plutôt que de franco-anglaise) que la France est, dans cette affaire, entraînée par le Royaume-Uni.