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dimanche 3 novembre 2019

Comment Le Monde m'est apparu immonde


Ma détestation du journal Le Monde remonte à ma première année d'université. Première année, dite à l'époque Année Préparatoire, à l'Institut d'Etudes Politiques (I.E.P.) de Paris. En 1964.
Au Congo ex-belge, indépendant depuis 4 ans, il y avait eu un soulèvement à Stanleyville (1) dont s'était rendu maîtres les successeurs idéologiques de Patrice Lumumba (2), calamiteux premier Premier Ministre du Congo après l'indépendance.
Ces "Simbas" (nom qu'ils se donnaient), avaient pris en otage des  centaines d'Européens et de Nord-Américains.
Le gouvernement congolais était dirigé par Moïse Tschombé, ancien lideur du Katanga sécessionniste de 1960 à 1963.
En accord avec le gouvernement de Moïse Tschombé, la Belgique (gouvernement Théo Lefèvre et Paul-Henry Spaak) et les Etats-Unis (administration Lyndon Johnson) décidèrent de lancer une opération aéroportée sur Stanleyville pour délivrer les otages et libérer Stanleyville des "Simbas" (3).
A noter que la Vrôôônce DeGaullarde avait refusé l'usage par les Américains et les Belges de sa base de Bangui (Centrafrique) comme escale pour cette opération. Pour marquer son "indépendance" vis-à-vis des Etats-Unis, son non alignement et sa proximité avec les mouvements "progressistes" (hors sa chasse gardée de la Françafrique, of course) dans le Tiers-Monde : De Gaulle revenait d'une tournée en Amérique Latine au cours de laquelle il avait célébré l'aspiration des peuples des pays visités à s'émanciper des Yankees.
Indignation du journal Le Monde et des épistoliers de son courrier des lecteurs : comment le Secrétaire d'Etat US Dean Rusk pouvait-il déplorer l'assassinat d'un missionnaire américain alors que l'opération américano-belge avait permis la reprise par le gouvernement Tschombé de Stanleyville des mains des forces "progressistes" qui avaient subi des pertes ?
Tschombé passait pour avoir une responsabilité dans l'assassinat de Lumumba en janvier 1961. Lumumba figurait au panthéon des lideurs "progessistes" du Tiers-Monde aux côtés d'Ahmed Ben Bella (Algérie), de Sékou Touré (Guinée Conakry), de Nkrumah (Ghana), d'Ahmed Soekarno (Indonésie), de Fidel Castro (Cuba), de Nasser (Egypte). La salle de rédaction du journal Le Monde comptait nombres d'admirateurs de cette engeance : Jean Lacouture, Tibor Mende, Maurice Duverger, Jacques Decornoy, Marcel Niedergang etc....
Le Monde donnait du "Monsieur" aux lideurs des Simbas qui étaient l'objet de la sympathie idéologique de la feuille d'Hubert Beuve-Méry (neutralisme de façade, philosoviétisme, anti-colonialisme, sympathie pour les "mouvements de libération nationale" etc....).
Rage de l'UNEF qui tenait la direction de l'Amicale des Elèves de l'Institut. L'UNEF, complice des fellaghas algériens de 1954-1962 et des Vietcongs en Asie.
Les étudiants africains, souvent arrogants, se passaient Le Monde et le commentaient entre eux et leurs amis de l'UNEF dans les couloirs, dans le hall d'entrée de l'Institut, rue Saint-Guillaume (Paris VIIe).
Indignation d'étudiants africains et de l'UNEF lorsqu'en novembre De Gaulle reçut Tschombé de passage à Paris. Et large couverture accordée par Le Monde aux manifestations de protestation contre cette visite.

N O T E S :

(1) Stanleyville a été renommée Kisangani 1966, à l'initiative du général Mobutu;

(2) Patrice Lumumba, bien que "patronné" à l'origine par le parti libéral en Belgique, était un pro-soviétique notoire. L'URSS a donné son nom à une Université destinée  à l'accueil spécifique des étudiants africains. Le chef des "Simbas" de Stanleyville en 1964 était un dénommé Christien Gbenye;

(3) Opération Dragon Rouge.

samedi 6 septembre 2014

Merci pour ce moment : la courte mémoire des mass-merdiats

Personne ne semble relever la convergence des analyses de la personnalité de François Normacol (marque déposée de laxatif) de Valérie Massonneau et d'Arnaud Montebourg. Le fils de Leïla Ould Cadi, comme la ci-devant première dame, le considèrent comme un menteur  : "Il ment tout le temps, depuis le début" (A. Montebourg, cité dans un livre d'entretiens avec un journaliste dont la teneur a été révélée après le départ du gouvernement en grand seigneur bravache et berbère du fiston de Leïla Ould Cadi).

Deux témoins s'accordent pour attester la propension de F. Hollande au mensonge et à l'insincérité. C'est assez commun, et ce n'est pas très grave. Mais comme F. Hollande s'est fait élire en arborant une image de moralité, il est bon que ça se sache. Merci Valérie, merci Arnaud.

L'accusation portée par A. Montebourg contre F. Hollande a été reçue sans problèmes par les mass-merdiats, tandis que la même, portée par Valérie Massonneau contre son ancien compagnon lui est reprochée. Pourquoi ? Cherchez l'erreur....Valérie Massonneau n'a fait que confirmer ce qu'on savait depuis plus de dix jours de l'opinion d'A. Montebourg.

On fait tout un foin, on "en chie une pendule" à propos du mépris attribué à F. Hollande à l'égard des pôvres : les sans-dents. Et alors ?

F. Hollande aime tellement les pauvres qu'il permet leur multiplication en accueillant ceux du monde entier, appauvrissant ainsi les Français d'Europe et les populations issues de flux migratoires plus anciens qui doivent et devront supporter le coût matériel immédiat, et moral à terme, de l'"intégration" de ces nouvelles populations. On leur donnera la carte d'El Ekteur et voilà un électorat de remplacement pour la "gauche morale".

Moi, j'aime les pauvres pourvu qu'ils ne m'appauvrissent pas en essayant de sortir de leur condition. Ce n'est pas sur ce critère que je jauge F. Hollande. Les pauvres qui m'inspirent de l'empathie en premier lieu sont ceux qui sont pauvres de l'apparence même de la pauvreté : on ne sait pas, on ne voit pas qu'ils sont pauvres, on ne leur reconnaît pas cette qualité.

En 1965, lors de la campagne présidentielle de cette année-là, deux fils d'Abraham débattaient à la radio : Mendès-France (PSU), soutien de F. Mitterrand; contre Maurice Schumann (UNR-UDT), soutien de M. De Gaulle. M. Schumann hasarda le deconantum ci-après : je voterai De Gaulle, je me trompe peut-être, mais si je me trompe, je préfère me tromper avec tous les pauvres du monde. Quel c... ! Et ce Schumann là a siégé à l'Académie !

En 1969, lors de la campagne pour l'élection du successeur de De Gaulle, une grognasse féministe et tiers-mondiste croyait discréditer Alain Poher lors d'un débat radiophonique en lui jettant : "le Tiers-Monde préfère Pompidou".

En 1973, Témoignage Chrétien interrogeant le candidat du Mouvement Réformateur à Roubaix André Diligent (élections législatives de 1973), tentait de le déstabiliser en lui déclarant : "Les Arabes (des pauvres...) craignent votre succès" (celui du Mouvement Réformateur). Et Diligent de se défendre lamentablement : "Ils ont tort". Diligent a laissé coloniser sa commune de Roubaix par les flux migratoires transcontinentaux sud-nord. Et n'en était pas mécontent.

Ce comportement relève d'une générosité....avec ce qui n'est pas à soi, de l'illusion selon laquelle une idée généreuse, ou d'apparence généreuse, est une idée juste. Elle est fausse.

dimanche 5 août 2012

L'assassinat d'Adenauer / Der Mord an K. Adenauer

La semaine dernière, la chaîne Arte (qui n'a de franco-allemand que le financement, mais dont le coeur est bien ailleurs) consacrait une émission du soir à Konrad Adenauer (1876-1967), premier Chancelier de  la République fédérale d'Allemagne (1949-1963), leader de la CDU (Union Chrétienne-Démocrate).

Konrad Adenauer y a été salement assassiné. Il a été dépeint comme un homme fragile, retors, cynique et mesquin.

Selon Arte, le gouvernement d'Adenauer est à jamais (sic) entaché (re-sic) pour avoir compté parmi ses membres, sur l'insistance d'Adenauer lui-même, le Dr Hans Globke (1), secrétaire d'Etat à la Chancellerie, et ancien commentateur des lois de Nuremberg instituant une sorte de statut des Juifs en Allemagne (2).  Arte pose qu'Adenauer a nommé Globke contre l'avis de Blankenhorn (3) et qu'il l'a même nommé en raison de ce passé : ainsi fragilisé, Globke ne pourrait prendre le risque de se montrer déloyal envers le Chancelier.

On savait que l'Union Chrétienne-Sociale en Bavière, la CSU, était un des satans d'Arte. Dans cette émission assassine et désinformatrice, Arte attribue à Adenauer une aversion envers Franz Josef Strauss,
"ambitieux" (sic), "brutal" (re-sic) (4). Adenauer s'engage à ne jamais nommer Strauss ministre de la Défense pour, finalement, lui confier ce ministère et in fine organiser son départ du gouvernement six ans plus tard avec avant tout le souci de ne pas laisser Strauss l'entraîner dans sa chute.

Arte se livre à une désinformation massive et grossière à propos des prisonniers de guerre allemands dont Adenauer est allé solliciter avec succès, malgré bien des difficultés, la libération en U.R.S.S. en septembre 1955 (5) : il se serait agi de criminels de guerre (sic). C'est faux, archi-faux, grossier et ridicule. Il s'agissait de soldats capturés par les Soviétiques qui les avaient traités durant dix ans dans des conditions engendrant une mortalité massive.

A plusieurs reprises, Arte blâme Adenauer pour n'avoir pas été tendre avec ses adversaires politiques au cours de campagnes électorales, et notamment pour avoir, à l'occasion, accusé le SPD d'être à la solde de Moscou (6).

Arte évoque le crépuscule du gouvernement Adenauer après les élections de 1961, son départ planifié de la Chancellerie en octobre 1963 (7). Rappelant à ses télespectateurs que sa création est la lointaine conséquence d'une des dispositions du traité franco-allemand du 22 janvier 1963, Arte évoque ce traité dans des termes trompeurs, lui attribuant une importance et un sens qu'il n'a jamais eu (8).


N O T E S

(1) la propagande communiste qui désignait les dirigeants de Bonn comme une bande de "revanchards" avait organisé un procès par contumance de Globke en zone soviétique d'occupation (la prétendue République Démocratique Allemande); j'en avais entendu parler mais mon étonnement portait surtout sur le fait que près de vingt ans après la fin de la Seconde Guerre Mondiale, on nous parle encore de ce qu'on désignait comme des crimes du nazisme et de ce qu'on n'appelait pas encore la Shoah; la question de savoir si les accusations portées contre Globke étaient avérées ou non ne se posait pas vraiment; je ne pouvais pas seulement imaginer l'invention à venir de la Mémouare et du shoacentrisme;

(2) Maurice Duverger (°1917), professeur de Droit à Paris après la Seconde Guerre Mondiale, commenta dans la première partie des années 1940, le Statut des Juifs promulgué sous l'Etat Français (1940-1944); cela ne l'empêcha pas de faire une brillante carrière au Monde, à L'Express, au Nouvel Observateur; il s'y faisait le défenseur du régime présidentiel, de la T.V.A., du mode de scrutin majoritaire, de l'union des gauches, du neutralisme en politique étrangère;

(3) Blankenhorn figure dans les romans de Roger Peyrefitte (Les Ambassades, La Fin des Ambassades) sous le pseudonyme de Rudolf Schwartz; il fut ambassadeur dans différents pays après la création de la RFA, et notamment en France; selon les ouvrages de Roger Peyrefitte, il renoua alors les liens entre l'Ambassade d'Allemagne et une partie de la société parisienne qui existaient du temps de son prédecesseur Otto Abetz;

(4) Franz Jozef Strauss était un anticommuniste sincère et conséquent; il était toutefois plus prudent que son image médiatique le laissait penser. Les directeurs de conscience d'Arte ne peuvent sans doute pas lui pardonner d'avoir, au début des années 1970, souhaité que "la gauche ferme sa gueule jusqu'à la fin du siècle". Arte a l'Union Chrétienne-Sociale en Bavière (CSU) en aversion : elle n'est presque jamais désignée sous son nom à l'antenne et un des ses leaders de la dernière décennie, Edmund Stoiber, fut qualifié par la voix de William Irigoyen, sur Arte d'"ultra-conservateur", étiquette qu'il partage sur la même chaîne avec le président iranien Ahmadinedjad;

(5) ce voyage à risques fut un grand succès, Paris Match qui le couvrit, nota que le catholique Adenauer s'était rendu dans l'église Saint-Louis des Français, le seul lieu de culte catholique ouvert à Moscou; il publia une photographie d'Adenauer dans cette église; ce ne sont pas des "criminels de guerre" qu'Adenauer est allé chercher en Union Soviétique mais des survivants d'une captivité criminelle.

 Autre erreur factuelle d'Arte relative à un évènement du milieu des années 1950 : l'accession de la R.F.A. à l'Alliance Atlantique dont Arte prétend faussement qu'elle entraîna le départ des forces d'occupation (USA, UK, France, Belgique, Pays-Bas); ce n'est pas vrai : le statut de ces forces changea : de troupes d'occupation, elles devinrent troupes alliées stationnées en Allemagne; le retrait de la France de l'O.T.A.N. en 1967, obligea Paris et Bonn a conclure un accord aux termes duquel les Forces Françaises en Allemagne ne redevenaient pas troupes d'occupation; il fut notamment stipulé que le drapeau allemand devait être hissé aux côtés du drapeau français dans toutes les installations des Forces Françaises en Allemagne après 1967;

(6) le chef du SPD, Kurt Schumacher, qualifiait Adenauer  de "Chancelier des Alliés", comprendre : des Américains, des Britanniques, des Français; il était dans l'ordre des choses qu'Adenauer répliquât en accusant le SPD, qui entendait ménager l'U.R.S.S. pour préserver la possibilité d'une réunification plus rapide, d'être à la solde de Moscou, si toutefois cette expression qu'Arte prête à Adenauer fut bien employée par celui-ci;

(7) Adenauer aurait préféré que son successeur fut un certain Eugen Gerstenmaier (CDU), président du Bundestag de 1954 à 1969, prédicateur de l'Eglise Evangélique en Allemagne, à la flatteuse réputation de "résistant" au nazisme et de victime de celui-ci (réputation largement usurpée en ce qui concerne le statut de victime). Parmi les personnalités de la CDU des dernières années du gouvernement Adenauer, le premier Gerhard Schröder (à ne pas confondre avec son homonyme SPD qui fut ministre-président de Basse-Saxe, et Chancelier fédéral de 1998 à 2005), ministre des Affaires Etrangères, se montrait peu enclin à exercer une pression sur Adenauer pour obtenir son retrait de la Chancellerie; il fut plus tard ministre de la Défense (1966-1969) et candidat malchanceux à la présidence de la République fédérale en 1969;

(8) le traité franco-allemand du 22 janvier 1963 n'est que l'application à la seule France et à la seule Allemagne des conceptions institutionnelles de De Gaulle en matière européenne : avant ce traité, dès le tout début des années 1960, De Gaulle avait vainement essayé de remplacer, ou d'encadrer les institutions en place (C.E.C.A., Euratom, C.E.E.) en leur retirant tout caractère supranational; le traité franco-allemand oblige seulement ses signataires à se réunir périodiquement pour essayer de coopérer; Paul-Henry Spaak notait finement qu'il n'y a pas lieu de s'obliger par traité à se rencontrer. Le traité franco-allemand de 1963 a eu un effet positif en politique intérieure française : il a empêché qu'on puisse à l'avenir se référer à De Gaulle pour revenir aux relations d'antagonisme franco-allemand; sans ce traité, Alain Juppé aurait eu, en 1989-90, alors qu'il dirigeait le parti gaulliste RPR, plus de mal à "calmer" Michel Debré, opposant à la réunification de l'Allemagne.

dimanche 8 juillet 2012

Idées reçues et fausses (paysage médiatique, été 2012)

En ce début d'été 2012, deux erreurs sont communément véhiculées par les médiats à l'occasion de la commémoration d'évènements survenus un demi-siècle auparavant :

évènement : accession à l'indépendance de la République Algérienne Démocratique & Populaire;
idée reçue et fausse associée à cet évènement : cette indépendance serait intervenue au terme d'un conflit dont l'entité France n'aurait admis et reconnu qu'il s'agissait d'une guerre que 37 ans plus tard; le corollaire de cette idée reçue et fausse est que ce retard dans la reconnaissance de cette guerre est dû au sentiment de malaise et de culpabilité de l'entité France qui aurait du mal à assumer ses crimes contre le peuple algérien, les droits de l'homme etc...etc...

FAUX : le terme de guerre d'Algérie était utilisé par le public, les médiats et le monde politique, à des degrés divers, pendant le conflit; on considérait que la guerre d'Algérie faisait suite à la guerre d'Indochine, qui faisait elle-même suite à la Deuxième Guerre Mondiale. C'était même la raison pour laquelle les cérémonies du 14 juillet étaient, jusqu'en 1962, entourées d'une relative sobriété; on disait : c'est encore la guerre, ça ne s'est pas arrêté, il y a des soldats français qui se battent, alors c'est pour ça que le 14 juillet on ne fait plus ceci ou cela (1), comme on le faisait avant la guerre etc....; ce qui s'est passé en 1999, soit 37 ans après l'accession de l'Algérie à l'indépendance, c'est que le gouvernement (2) a tenu à faire bénéficier les anciens soldats ayant servi en Algérie des mêmes droits et avantages que ceux de leurs devanciers ayant participé à une guerre; pour établir une parfaite égalité entre anciens combattants, on a inscrit dans la loi que le conflit algérien avait été une guerre, ce qu'il était déjà dans l'esprit des contemporains, dans les discours des hommes politiques et dans les médiats dès les années 1950; l'aspiration à tourner la page après 1962 s'explique surtout par l'exode des Européens d'Algérie qui a vidé les Accords d'Evian de leur substance et libéré ainsi la partie algérienne de la majeure partie de ses obligations : De Gaulle a reçu Ben Bella en secret au château de Champs en Seine-et-Marne, pour ne pas raviver le ressentiment des Européens d'Algérie à l'égard du gouvernement français comme à l'égard du gouvernement algérien qui avait souhaité leur départ (3); par ailleurs, les Français d'Europe voyaient avec surprise et déplaisir qu'ils devaient à la fois accueillir les Européens d'Algérie et des immigrés algériens dont le nombre devenait supérieur à ce qu'il était pendant la guerre d'Algérie alors que dans l'esprit de la plupart des Français d'Europe, l'indépendance de l'Algérie devait implicitement avoir pour conséquence l'évaporation de la plus grande partie de la communauté nord-africaine en France d'Europe. Si malaise et honte il y avait, il était lié au sentiment d'avoir été trompé, abusé par la partie algérienne dont De Gaulle voulait se concilier les bonnes grâces pour mener sa prétendue politique étrangère de "grandeur" et d'indépendance qui s'est avérée très coûteuse.

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évènement : rencontre à Reims entre Adenauer et De Gaulle au début de l'été 1962;
idée reçue et fausse associée à cet évènement : cette rencontre aurait scellé, dix-sept ans après la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, la réconciliation franco-allemande.


FAUX : la République Française et la République Fédérale d'Allemagne (R.F.A.) étaient alliées depuis 1955 et l'adhésion de la R.F.A. à l'Alliance Atlantique (O.T.A.N.) dont le siège était d'ailleurs à Paris; les jumelages franco-allemands se multipliaient depuis les années 1950. Les deux Etats étaient membres du Conseil de l'Europe, de la C.E.C.A. (pool charbon-acier), de la C.E.E. (Marché Commun) et de l'Euratom.
La France avait respecté la volonté des Sarrois (4) de rattacher leur Land à la R.F.A. à la suite de leur rejet du statut de territoire européen par referendum en 1955. Sous la IVe République, les groupes gaullistes (R.P.F., puis Républicains Sociaux), se sont appliqués au contraire à entraver cette politique d'apurement des contentieux franco-allemands; la présence concommitante aux Ministères des Affaires Etrangères des deux pays, pendant de longues années, au début de la R.F.A. et sous la IVe République française, de représentants du parti démocrate-chrétien M.R.P. et de la C.D.U. a facilité cette réconciliation et cette amitié. La rencontre de Reims, le voyage de De Gaulle en R.F.A. quelques mois plus tard, la signature du traité franco-allemand de janvier 1963 n'ont pas scellé une amitié déjà acquise (5); le traité franco-allemand de janvier 1963 n'est que l'application aux seules France et Allemagne des conceptions DeGaullistes en matière d'institutions européennes : on s'engage par traité à ....se réunir périodiquement pour essayer...de se mettre d'accord et de coopérer. C'est ce type d'institutions que De Gaulle aurait voulu voir se substituer à la C.E.C.A., à la C.E.E. et à l'Euratom. Le but du traité de janvier 1963 était de détacher la R.F.A. des Etats-Unis et de la lier à la France comme junior partner.

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N O T E S

(1) peu attiré par les cérémonies "patriotiques", du moins celles qui sont en rapport avec l'Etat-nation "républicain" jacobin et multi.....continental, à vocation universelle, la Grande Nation, je n'ai pas retenu quelle était la part des festivités dont on s'abstenait depuis la guerre et tant qu'il y aurait des soldats français engagés dans une guerre, mais j'atteste que ce détail était régulièrement rappelé;

(2) il s'agit du gouvernement socialo-écolo-communiste dirigé par Lionel Jospin (1997-2002); Lionel Jospin et ses amis politiques adhèrent, ou font semblant d'adhérer, à la vulgate médiatique et académique (Benjamin Stora et ses collègues) selon laquelle ce sont ses crimes envers les Algériens qui empêcheraient l'entité France de reconnaître rapidement la validité de leurs thèses pro-FLN algérien, ses responsabilités, sa culpabilité etc.... : confronté à un problème de port de voile islamique dans des collèges de l'Oise dès la fin des années 1980, le ministre de l'Education Nationale Lionel Jospin, PS et ancien trotskyste, justifiait son refus d'une politique répressive par le propos suivant : "j'appartiens à une génération qui a fait la guerre d'Algérie, il y a des chemins qu'on ne me fera pas refaire";

(3) les signataires français des Accords d'Evian tablaient sur le maintien à court terme de la moitié environ, soit 500 000 personnes, des effectifs des populations européennes d'Algérie, protégées par un statut inclus dans les Accords d'Evian; les signataires algériens escomptaient un maintien dans l'Algérie indépendante d'un maximum de 150 000 Européens d'Algérie. Il en est resté 45 000;

(4) le conflit sarrois, qui s'est prolongé jusqu'en 1955, soit 6 ans après la reconstitution d'un Etat allemand, a retardé la normalisation des relations franco-allemandes; il trouve son origine dans la volonté des dirigeants français de l'immédiat après-guerre de s'assurer une "prise de guerre" : le détachement de la Sarre de l'Allemagne (les alliés de la France, pas plus que l'U.R.S.S., ne lui auraient permis de l'annexer purement et simplement). La Sarre fut liée à la France dans une Union Economique Franco-Sarroise, la France imposa l'adhésion de la Sarre au Conseil de l'Europe pour tenter d'obtenir la reconnaissance internationale de sa séparation d'avec l'Allemagne. Après la Première Guerre Mondiale et jusqu'en 1935, la Sarre avait été également dotée d'un statut la séparant de l'Allemagne et garanti par la S.D.N. En 1935, sous le IIIe Reich, les Sarrois avaient choisi par referendum de faire retour à l'Allemagne....sous Hitler. Il s'en est ensuivi qu'après la Deuxième Guerre Mondiale les Sarrois refusant le statut que la France leur avait octroyé après la guerre étaient soupçonnés sinon de nazisme, du moins d'un nationalisme allemand fort suspect. Le maintien de ce statut particulier se fit à grands frais (la France dépensa beaucoup d'argent pour moderniser l'économie sarroise, la relever et... y restreint fortement les libertés politiques : interdiction de la propagande des partis n'acceptant pas le statut imposé par elle, soutien à un gouvernement sarrois appuyé par les seuls partis favorables au statut). Isolée parmi ses alliés, la France dut accepter de proposer un autre statut aux Sarrois : la Sarre deviendrait territoire européen, siège de toutes les institutions européennes existantes et à venir, détaché de l'Allemagne jusqu'à la signature d'un traité de paix définitif. Ce statut européen fut soumis aux Sarrois par referendum en septembre 1955, tous les partis étant autorisés à faire campagne : deux Sarrois sur trois le rejetèrent. Les gouvernements français présidés par Edgar Faure, puis par Guy Mollet, en prirent acte, malgré les protestations gaullistes, émises surtout par la voix de Michel Debré, et préparèrent le retour de la Sarre à l'Allemagne; l'hebdomadaire National Zeitung  du Dr Frey (dont Moshe Menuhin était un collaborateur) écrivit bien plus tard, évoquant ce retour de la Sarre comme "la petite réunification" : "es spricht für Frankreich" : ce choix (des gouvernements d'Edgar Faure et surtout de Guy Mollet) témoigne en faveur de la France"; dans cette affaire, les gaullistes ont été les empêcheurs et les gêneurs;

(5) le traitement des prisonniers de guerre français en Allemagne pendant la guerre (il n'est pas question ici des prisonniers politiques, déportés ou astreints au S.T.O.), le choix de prisonniers de guerre allemands de demeurer en France après leur libération (malgré des débuts de captivité auxquels tant d'entre eux ne survirent pas: cf. :  le livre, épuisé, du Canadien Bacque intitulé "Morts pour causes diverses" aux éditions Sand, publié en 1990), le fait qu'il y ait eu des antifascistes allemands dans la Résistance française, et des combattants français sur le Front de l'Est aux côtés des Allemands (L.V.F., puis Division Charlemagne), des Allemands ayant contracté un engagement sous le drapeau français en Indochine (Frankreichs fremde Söhne) quand il n'y avait plus d'armée allemande, ont plus fait pour cette amitié et cette réconciliation que n'importe quelle rencontre ou n'importe quel traité.