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jeudi 1 novembre 2018

17 octobre 1961 : commémorations révisionnistes et léche-babouches



Brochette de léche-babouches au Pont de Bezons (Colombes, oct. 2018)


Les héritiers des porteurs de valise du FLN (les fellaghas) au Pont de Bezons (92), octobre 2018.
Les personnes figurant sur la photo commémoraient les manifestations de Nord-Africains à l'appel du FLN en octobre 1961,et la réponse qu'elles ont suscitée et reçue de la part des autorités françaises d'alors.
Le FLN voulait compter ses troupes en France d'Europe à quelques mois de la signature d'accords de cessez-le-feu qu'il n'a pas respectés, et à moins de 9 mois de l'indépendance, déjà très probable.
Sous la calamiteuse mandature de Philippe Sarre (PS), maire de Colombes de 2008 à 2014, ces commémorations étaient sponsorisées par la municipalité et des représentants du gouvernement algérien invités : en 2012, il y eut même un ministricule algérien parmi les invités.
Ces commémorations devraient être confinées dans un local loué par le Consulat d'Algérie territorialement compétent.
Elles sont REVISIONNISTES : elles véhiculent l'idée de manifestations pacifiques réprimées par le méchant préfet de Police Maurice Papon. Comme si des manifs à l'appel du FLN pouvaient, dans le contexte de la guerre d'Algérie, être autre chose qu'un acte de guerre.
Elles sont REVISIONNISTES parce qu'elles occultent le pluralisme de la communauté algérienne en France et à Colombes, à l'époque : le FLN assassinait des policiers (dont le Gardien de la Paix Robert Dufour à Colombes en avril 1959), et aussi des membres ou sympathisants du Mouvement Nationaliste Algérien (MNA), plus ancien que le FLN. Elles attribuent au FLN algérien une représentativité qu'il n'avait pas.
Elles sont CLIENTELISTES parce que leurs organisateurs tiennent à se faire élire par des électeurs français d'origine algérienne sympathisants du FLN.
J'ai vécu cette époque à Colombes. Comme enfant, puis comme ado.
J'ai été RASSURE par la répression des manifestations à l'appel du FLN. Et j'assume !
Je souhaitais l'indépendance de l'Algérie pour ne pas avoir 9 millions de concitoyens arabo-imazigo-musulmans. A l'époque, l'Algérie comptait environ 1 million d'habitants "européens" et 9 millions d'habitants "musulmans".
Juin 1962, gare de Bois-Colombes : je suis dans un train omnibus destination Paris Saint-Lazare; avant le départ, deux voyageurs assis près de moi discutent: l'un d'eux se plaint de la présence d'Algériens avec lesquels il doit voisiner à Bois-Colombes. Son inoubliable commentaire :
"Encore trois semaines (le 5 juillet, jour prévu de l'accession à l'indépendance de l'Algérie), et on en sera débarrassés (sous-entendu : de ces voisins).
Je partageais cet espoir ....qui a été largement déçu...
L'adhésion de beaucoup d'électeurs français de 1962 au processus d'accession de l'Algérie à l'indépendance était notamment lié à l'espoir d'être libéré de la présence d'originaires d'Algérie. Leur position était cartiériste (de Raymond Cartier) et non influencé par L'Express, France Observateur, Témoignage Chrétien ou le PSU.
Puisqu'il était question de Bois-Colombes plus haut, vous pouvez manifester votre intérêt pour ce blog en parrainant de nouveaux abonnés.
Ce sera une réponse élégante à Madame Myriam Petit, conseillère municipale de gauche de Bois-Colombes qui m'attribue de la "haine" (sic) et se rassure en alléguant que j'écris pour...ma famille (re-sic). Elargissons le cercle familial. Madame Petit, revendique sa participation à la manif du Pont de Bezons et figurerait sur la photo.

mardi 17 mai 2016

Terrorisme du FLN algérien à Colombes (Seine) : 26 mai 1957

Le dimanche 26 mai 1957 se déroulait au stade de Colombes (Seine)  la finale de la Coupe de France de football opposant Angers à Toulouse. Ce fut Toulouse qui l'emporta par 6 buts à 3.

Il était de tradition que le président de la République honorât de sa présence cette manifestation annuelle. En cette année 1957, le président René Coty n'avait pas dérogé à cette tradition et assistait au match dans la tribune du stade Yves du Manoir de Colombes.  

René Coty (vers 1953)


Ali Chekkal

D'autres personnalités figuraient parmi les hôtes du stade pour cette finale. Parmi elles, l'ancien vice-président de l'Assemblée Algérienne, Ali Chekkal, originaire de Mascara (Algérie). Cet ancien élu musulman d'un département alors français d'Algérie avait été condamné à mort par un "tribunal" du FLN (Front de Libération Nationale) algérien, organisation interdite, qui depuis Le Caire menait une lutte armée contre la France et contre une organisation rivale, le M.N.A. (Mouvement Nationaliste Algérien), en Algérie et en Europe.

Ali Chekkal avait épousé une Française originaire de Montpellier, et avait donné à ses enfants des prénoms français. Il avait peu auparavant assisté au sein de la délégation française à une session de l'Assemblée Générale de l'O.N.U. à New York. 

Pour l'"exécution" de ses "sentences" de mort, le FLN algérien avait créé des.....sections spéciales (rien à voir avec celles de Vichy.....). Ce dimanche 26 mai 1957, l'organisation terroriste avait dépêché à Colombes un de ses membres, un dénommé Mohamed ben Sadok (°1930). La banlieue dans laquelle se situait la commune de Colombes comportait déjà une forte population d'origine maghrébine, surtout algérienne, au sein de laquelle les réglements de compte souvent meurtriers entre FLN et MNA inquiétaient la population européenne. Les terroristes des sections spéciales algériennes pouvaient évoluer sans être forcément remarqués au sein de la population originaire d'Outre-Méditerrannée.

Le match terminé, le président René Coty alla prendre congé d'Ali Chekkal, connu par ailleurs comme amateur de football, puis regagna Paris en voiture. Mohamed ben Sadok, élégamment vêtu d'un loden, s'approcha d'Ali Chekkal et tira en sa direction à 1,50 m de distance de sa victime. Ali Chekkal, grièvement blessé, s'écroula, perdant son sang en abondance. Un policier en retraite parvint à maîtriser Mohamed ben Sadok qui était en passe d'être lynché par la foule qui scandait : "Assassin ! Assassin !". Le terroriste fut exfiltré, conduit à Paris où il reconnut son appartenance au FLN algérien et se vanta d'avoir "exécuté" un "des derniers Musulmans amis de la France" (sic). Ali Chekkal fut transporté dans un hôpital à Nanterre, commune voisine de Colombes, où il décéda d'une hémorragie interne causée par le tir de Mohamed ben Sadok. Il eut droit à des obsèques nationales avec cérémonie aux Invalides, et fut inhumé dans le cimetière de Thiais (Seine). Son assassin fut jugé en cour d'assises, condamné à mort, peine commuée en travaux forcés à perpétuité, et libéré dans le cadre des Accords d'Evian de 1962.

 http://www.ina.fr/video/AFE85007408



Dans la confusion et les bousculades consécutives à l'attentat, la rumeur courut d'abord que c'était le président René Coty lui-même qui avait été abattu par un "fellagha" (1).

La France n'avait plus de gouvernement depuis le mardi précédent : le gouvernement du président du Conseil Guy Mollet expédiait les affaires courantes. Il ne sera remplacé par le gouvernement de Maurice Bourgès-Maunoury que le 12 juin suivant. Depuis 1947, le maire de Colombes est Paul Bouchu (2).

 Mohamed ben Sadok fut considéré comme un héros dans l'Algérie indépendante. Il était désigné comme "fedaï" (pluriel : fedayin), un combattant de la liberté, exécuteur du "traitre" Ali Chekkal. Sur un site dont les directeurs de conscience sont issus du FLN, Mohamed ben Sadok prétendra, contre toute évidence, que les autorités françaises avaient tenté de traiter l'affaire comme un simple fait divers. Dans la crainte que l'opinion de la France d'Europe ne prît conscience de la force du FLN, capable de frapper en Métropole. C'est absolument inexact. Sur ce site pro-FLN, Ali Chekkal devient Ali Chakal (sic) et le dimanche 26 mai devient le 29 du mois. 

L'hebdomadaire Paris-Match consacra un bon reportage photographique à cet attentat, avec des images de la présence algérienne en banlieue. Sous le titre, rappelé à chaque page dans un petit rectangle : fellagha (1).

Certains compareront le geste de Mohamed ben Sadok à celui de "résistants", de "maquisards" pendant la guerre 1939-1945. Cette comparaison n'est pas illégitime. Mais comme sur ce blog on n'a jamais été admirateur de la Résistance française, comme on n'y a jamais honoré les émules du "Colonel" Fabien, de Georges Guingouin, des bandes de Rol-Tanguy et de Kriegel-Varlimont, les assassins de Philippe Henriot, il est cohérent qu'on y considère Mohamed ben Sadok comme un terroriste. Il doit de ne plus être regardé comme un terroriste parce qu'il figure parmi les vainqueurs du conflit dont il a été un protagoniste. Si l'Algérie était restée française, Mohamed ben Sadok serait toujours considéré comme un terroriste. Si les puissances de l'Axe n'avaient pas été écrasées en 1945, le "Colonel" Fabien serait catalogué comme terroriste, et il est même possible que le général Leclerc, et d'autres, auraient eu à répondre de crimes de guerre. L'Histoire écrite par les seuls vainqueurs n'est pas la nôtre, n'est en tout cas pas notre Mémoire (3).

Pourquoi évoquer cette page de l'histoire de Colombes et de la guerre d'Algérie ?

Parce que j'ai résidé à Colombes pendant une partie de mon enfance et mon adolescence, à l'époque où le terrorisme FLN faisait rage en banlieue, notamment à travers le conflit FLN-MNA.

C'est ma réponse, mon bras d'honneur, aux appels à "assumer le passé" émanant des autorités morales auto-proclamées, à "regarder l'Histoire en face". 

Parce que Colombes a été, entre 2008 et 2014, administrée par une municipalité à direction PS qui s'est singularisée par des gestes indécents au nom....de la Mémoire, du..."devoir de regarder l'Histoire en face", "d'assumer le passé". Cette municipalité a commémoré officiellement les manifestations auxquelles avait appelé le FLN en octobre 1961, les considérant comme "pacifiques". Ces commémorations ont eu lieu à Colombes en présence de ministricules de la dictature de Bouteflika, héritière du FLN. Il est grotesque et indécent de qualifier les manifs FLN de "pacifiques" : le FLN a posé un acte de guerre en France d'Europe pour vérifier sa représentativité parmi les Algériens résidant en France d'Europe, en les appelant notamment à défier le couvre-feu. Ces manifs ont été réprimées à Colombes comme ailleurs. Leur répression ne m'a pas fait pleurer, ni causé aucune joie. Elle m'a certainement rassuré : voilà pour le regard posé sur l'Histoire. Sans reécriture aucune.  Elle n'a ni hâté ni retardé l'accession de l'Algérie à l'indépendance. La commémoration de ces manifestations de 1961 et de leur répression aurait dû être limitée aux locaux du consulat algérien compétent pour Colombes et son secteur, ou à la rigueur à des locaux loués par celui-ci. Sans provocations envers les survivants et descendants des victimes des actions du FLN. Sans que la municipalité de Colombes y participe ès-qualités.

Devenue opposition municipale en 2014, l'équipe de l'ancien maire Philippe Sarre (°1951) (4), interpella la nouvelle municipalité de Nicole Goueta (5) pour lui reprocher véhémentement de ne plus s'associer à ces commémorations des évènements d'octobre 1961 selon l'optique FLN. Errare humanus est, perseverare diabolicum". Le PS colombien contemporain refuse d'assumer son clientélisme envers son électorat arabo-musulman local, et invoque au nom de la morale un prétendu devoir de faire sienne la Mémoire des vainqueurs : "assumer son passé, l'Histoire" etc....Deconantum bien connu.... 

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Jean-Marie Lallau


N   O   T   E  S

(1) fellagha : pillard, coupeur de routes; désignation généralement appliquée pendant les évènements d'Afrique du Nord (1952-1962) en France d'Europe aux éléments armés s'opposant aux forces de l'ordre et à l'armée française. On dit aussi, plus péjorativement : fellouze.

(2) Paul Bouchu : excellent maire de Colombes de 1947 à 1959. Elu en 1947 avec l'investiture du RPF (gaulliste), il fut battu en 1959 par la liste de Mme Marcelle Devaud, UNR (gaulliste). Paul Bouchu avait, en fin de mandat, le soutien du Centre National des Indépendants, du Centre Républicain (André Morice), de la Démocratie Chrétienne de France (Georges Bidault). On lui doit le jumelage, en 1958, de Colombes avec la commune de Frankenthal en Allemagne, dans le Palatinat.

(3) une plaque apposée sur la façade du commissariat de police de Colombes rappelle que deux de ses gardiens de la Paix sont tombés en service : André Sarre en 1944 dans les rangs de "libertadors" et Roger Dufour en 1959 assassiné par le FLN. André Sarre était volontaire pour tuer et a été tué par des soldats non volontaires. Roger Dufour a été tué en service par le FLN algérien, sans avoir besoin d'être volontaire pour s'opposer à eux. Entre les deux, j'ai fait mon choix : celui d'entre eux auquel il m'est plus facile de m'identifier.

(4) Philippe Sarre (°1951), maire PS de Colombes de 2008 à 2014 a exhalé son sectarisme en qualifiant de "libération" la défaite de Nicolas Sarközy  en 2012. Moins de deux ans plus tard, une alliance UMP-UDI-MoDem libérait Colombes de l'équipe de Philippe Sarre. Mais en décembre 2015, la liste conduite par l'hyper sectaire Claude Bartolone aux élections régionales était en tête des suffrages à Colombes. Vigilance !....

(5) Nicole Gouéta (°1937) a mis fin aux trente-six années de mayorat de Dominique Frélaut (PCF) en mars 2001. Elle a été maire de Colombes de 2001 à 2008. Battue par la liste de Philippe Sarre en 2008, elle a repris à celui-ci la mairie de Colombes en mars 2014.

mardi 14 octobre 2014

Lettre ouverte à Chantal Barthélémy-Ruiz (PS)

Madame Chantal Barthélémy-Ruiz est conseillère municipale P.S. de Colombes (92700) et était jusqu'en juin 2017 suppléante du député P.S. des Hauts-de-Seine Sébastien Pietrasanta; elle aurait été appelée à siéger à l'Assemblée Nationale si, à la faveur d'un remaniement ministériel, si Sébastien Pietrasanta, rapporteur d'un récent projet de loi sur la lutte contre le terrorisme, était entré au gouvernement.

Jusqu'en mars 2014, Chantal Barthélémy-Ruiz était adjointe au maire de Colombes, la municipalité étant administrée depuis 2008 par une majorité de gauche dirigée par Philippe Sarre, actuel patron du PS pour les Hauts-de-Seine. En mars 2014, cette équipe n'a pas été reconduite. Une nouvelle municipalité, dirigée par Nicole Goueta (UMP), vice-présidente du Conseil Général des Hauts-de-Seine, et ancienne maire de Colombes de 2001 à 2008 a succédé à la municipalité dirigée par Philippe Sarre. De son côté, Sébastien Pietrasanta (PS) a perdu son siège de maire d'Asnières-sur-Seine.

Chantal Barthélémy-Ruiz, au nom du groupe socialiste au conseil municipal de Colombes, a adressé une lettre ouverte à la nouvelle maire Nicole Goueta pour l'interpeller sur la renonciation de la nouvelle équipe à renouveler les commémorations de la répression des manifestations et émeutes suscitées en octobre 1961 par le FLN algérien sur le territoire de la France d'Europe. La municipalité à direction PS de Philippe Sarre avait en effet institué des commémorations annuelles de ces évènements, dont Colombes fut un des théâtres, de la répression conduite par le Préfet de Police Maurice Papon. En 2012, ces commémorations municipales ont notamment bénéficié de la participation de ministricules du gouvernement algérien. Dans sa missive, Chantal Barthélémy-Ruiz, évoque la présence en 2014 de 9000 citoyens bi-nationaux franco-algériens à Colombes (porteurs de la carte d'El Ekteur...), et celle de conseillers municipaux d'origine algérienne au sein de la majorité municipale de Nicole Goueta. Chantal Barthélémy-Ruiz somme Nicole Goueta de s'exprimer sur ces évènements, sur l'absence de commémorations municipale officielles et la met en garde contre le "négationnisme"(sic) en matière de répression des menées du FLN algérien en France d'Europe en octobre 1961.

Le texte de la missive de Chantal Barthélémy-Ruiz est consultable sur la page Facebook de Colombes Pour Tous.


Je ne suis plus résident de Colombes, mais je l'ai été, notamment à l'époque où se sont déroulés ces évènements. J'ai reçu comme une expression de mépris les commémorations à Colombes en présence de représentants de la dictature de Bouteflika. La référence aux 9000 Colombiens de souche algérienne qui auraient droit à la commémoration officielle d'un des épisodes de la lutte de libération nationale du peuple algérien, m'est apparue négatrice et communautariste. Négatrice de la guerre civile algéro-algérienne alors en cours en France d'Europe. Négatrice du terrorisme FLN. Négatrice de l'insécurité dans laquelle vivaient la population non algérienne de France d'Europe, dans sa diversité relative, notamment à Colombes et à cette époque.

Je me suis permis d'adresser à mon tour une "lettre ouverte" à Chantal Barthélémy-Ruiz, d'abord sur la page Facebook de Colombes Pour Tous. On en trouvera ci-après le texte :




 
Chère Chantal,
 
Je ne suis pas le destinataire de cette lettre, mais comme vous avez choisi de la laisser ouverte, permettez-moi de vous adresser, à vous et au groupe qui vous a mandaté, plusieurs observations.

Assimiler les manifestants et émeutiers du FLN d'octobre 1961 à un groupe de "manifestants pacifiques" relève d'un révisionnisme de très mauvais aloi. Les Stora et les Mandelkern ont leurs raisons d'être complaisants avec certains groupes de populations. Il est permis de ne pas les partager.

En octobre 1961, il y a eu un acte de guerre du FLN sur le territoire de la France d'Europe, pour prendre la mesure de son influence auprès de la communauté algérienne, la renforcer, s'imposer face à son rival MNA sur le déclin mais conservant localement en France d'Europe une certaine audience, et au gouvernement français.
  
J'habitais Colombes à cette époque, dans ce qui est maintenant le quartier Agent Sarre. Le FLN à Colombes, on avait connu : assassinat d'un notable algérien musulman qui venait de saluer le président Coty à la sortie du Stade de Colombes, par un jeune fellagha commandité par le FLN en 1957, assassinat du gardien de la paix Robert Dufour en avril 1959 (je me souviens, arrivant de la rue Victor Hugo, davoir vu le terre-plein central de l'espace au nord de la gare de Colombes noir de monde au moment de l'arrestation de l'assassin, et devoir le contourner). Sans compter les réglements de comptes entre FLN et MNA dans les banlieues, le racket FLN sur les commerces et cafés.
 
A cette époque, Le Parisien Libéré n'hésitait pas à titrer : ["passe moi ta caisse ou je t'abats comme un chien", lance le client FLN à l'épicière MNA]. Pour aller des 4 Routes (Asnières, Colombes, Bois-Colombes) vers la Porte de Champerret en bus, on évitait le 140, utilisé par une nombreuse clientèle nord-africaine susceptible de répondre à des mots d'ordre du FLN, et on lui préférait le 165. On avait l'impression de vivre dans une certaine mesure en "territoire occupé". A Nanterre, c'était peut-être pire encore.
 
Je n'étais pas en âge de voter, mais je comprenais l'adhésion massive de l'électorat aux politiques de décolonisation comme une aspiration à se libérer de cette présence massive de populations acquise à la sécession des départements algériens dont elles-mêmes ou leurs parents étaient originaires. Option qui ne me posait aucun problème. Raymond Cartier (Paris-Match, Radio Luxembourg) nous présentait cette décolonisation comme la libération d'un fardeau matériel, humain et sécuritaire, tandis que le Doyen Georges Vedel expliquait à ses étudiants que le maintien de l'Algérie dans la République impliquerait la présence de 120 à 150 députés arabo-musulmans au Palais Bourbon pour satisfaire au principe "one man, one vote". En disant "oui" à cette décolonisation, on disait "non" à cette perspective cauchemardesque. Un conseiller municipal de Paris proposait d'envoyer vers l'Algérie par rafiots les émeutiers arrêtés (Lampedusa à l'envers).
 
Le FLN s'est servi des Algériens présents en France d'Europe et en a envoyé certains au casse-pipe. Ca ne m'a pas fait, ni ne me fait particulièrement de peine : si j'avais eu dix ans de plus j'aurais été soldat en Algérie où j'aurais pu être tué ou estropié par les combattants du FLN. La répression des agissements de cette organisation en octobre 1961 m'a rassuré, et j'ai ressenti du soulagement lorsque l'Algérie est devenue indépendante. Et je n'ai pas changé d'avis depuis lors.
  
En 1971, Dominique Frélaut a dû se séparer dès le début de son second mandat d'une adjointe PSU notamment habitée par des fantasmes nés de ces évènements : elle voyait encore des chaussures flotter sur la Seine. Les commémorations colombiennes de ces évènements, à l'initiative de l'équipe de Monsieur Sarre (imagine-t-on les Le Savouroux, camarades de parti de Robert Lacoste et de Max Lejeune, commettre un tel geste, insultant pour les Colombiens de l'époque et leurs descendants ?), en présence de sous-ministres de la dictature de Bouteflika, issue du FLN, dont j'ai appris la tenue lors d'un retour à Colombes il y a deux ans, ont été une agression contre la Mémoire que je partage avec d'autres, une expression de mépris.
  
Le seule commémoration acceptable de ces évènements doit être limitée aux locaux du Consulat algérien dont relève le territoire de la commune. La municipalité n'a pas à y participer. Ce serait nous cracher au visage.Les manifestations de Nord-Africains initiées par le FLN étaient une provocation qui a reçu la réponse qu'elle appelait. Il n'y a pas lieu à repentance ni à réparations, sinon pour ces dernières auprès des responsables FLN de la France d'Europe (la Wilaya 4 ?) qui a instrumentalisé les manifestants et émeutiers. S'abstenir de cette provocation n'aurait ni empêché ni retardé l'accession de l'Algérie à l'indépendance l'année d'après. Le FLN voulait compter ses troupes et que ça saigne. Il a été hélas été servi.
 
Recevez, chère Chantal, l'expression de mes meilleurs sentiments.  
Jean-Marie Lallau (jean-marie.lallau@laposte.net)

mercredi 26 février 2014

Pollution mémorielle : la mémouare hémiplégique

Il est attristant, lors de promenades à travers des villes où on a habité et vécu, de constater la pollution mémorielle d'origine politique pour ne pas dire politicienne, qui se traduit par des séries de changements de noms affectés aux voies publiques. Plus on s'éloigne chronologiquement de la Seconde Guerre Mondiale, plus les lobbies mémoriels inspirés par les vainqueurs de ce conflit sont saisis de la rage de baptiser, dé-baptiser, re-baptiser des vois publiques, des lieux, en leur donnant les noms de leurs héros, dont beaucoup, s'ils n'avaient pas eu la chance de se trouver du côté des vainqueurs à l'issue de la guerre, seraient reconnus comme de sinistres criminels, peu avares du sang et de la vie d'autrui, de protagonistes moins chanceux du même conflit.


Idem pour les guerres précédant les décolonisations.


Le mandat municipal de Philippe Sarre à Colombes (92) est un désastre de ce point de vue : une célébration résistantialiste, presque klarsfeldienne, et fellaghophile inscrite sur le plan de la ville par les changements de noms des rues et lieux.

L'équipe municipale de Philippe Sarre (PS) a institutionnalisé et instrumentalisé la commémoration des évènements d'octobre 1961 (manifestations de Nord-Africains à l'appel du FLN, et répression de celles-ci), allant jusqu'à y convier en 2012 un ministricule du gouvernement de la République Algérienne Démocratique et Populaire, issu du FLN; Ce qui était .... du négationnisme. Une négation de la guerre civile FLN-MNA au sein des communautés algériennes de la France d'Europe. Une négation du terrorisme FLN sur le même territoire : assassinat en 1957 d'un notable musulman algérien à la sortie du stade de Colombes par un terroriste FLN, assassinat d'un gardien de la paix du commissariat de Colombes par un autre terroriste FLN en 1959. Une négation de la responsabilité du FLN qui a voulu poser un acte de guerre sur le territoire européen de la France pour prendre la mesure de son influence, notamment par rapport au MNA de Messali Hadj, parmi les communautés algériennes, impressionner le gouvernement français, et qui a envoyé au casse-pipe des manifestants. Il en est des provocations sanglantes du FLN d'octobre 1961 comme de la "libération de Paris" d'août 1944. Sans les premières, l'Algérie aurait de toute façon accédé à l'indépendance quelques mois plus tard. Sans les exactions des bandes de Rol Tanguy Kriegel et consorts (lynchage de prisonniers de guerre, assassinat de soldats "ennemis" blessés, exécutions sommaires), Paris aurait été libéré un peu plus tard par les armées alliées.

http://jeanmarielallau.blogspot.fr/2014/10/lettre-ouverte-chantal-barthelemy-ruiz.html

Avec quelle rage les camarades d' Aurélie Filipettasse ont dé-baptisé les voies portant le nom du Prix Nobel Alexis Carrel ("il est midi, Docteur Carrel"), empêché les Frères Lumière d'apparaître sur un billet de banque au milieu des années 1990, et nous imposent leurs références que je ne suis pas seul à ne pas pouvoir partager.


On mande que l'ancien merdetulle s'apprêterait depuis le Monte Valerio ou Valerianberg, à annoncer le transfert au Panthéon de deux mégères au profil particulièrement abrasif. Oui, bon, il s'agirait de faire entrer la "parité" au Panthéon. Mais dans ce cas j'aurais préféré Arletty, Suzy Solidor (avec Suzy, on ferait "une pierre, deux coups" : parité et représentation des minorités sexuelles) ,ou même, malgré son côté abrasif, Coco Chanel.


Et si on abandonnait cette pratique d'encombrer l'ancienne église parisienne qui couronne la Montagne Ste Geneviève (il ne va bientôt plus y rester de places...) des restes de gens décédés depuis moins de, disons, 300 ans ? Leur canonisation laïque (c'est à peu près ce que représente un transfert de "cendres" - ce mot !- au Panthéon) est surtout la consécration, non d'un consensus -même si on veut le faire passer pour tel-, mais d'un rapport de forces ? Pas en mon nom ! Not in my name ! Allow me a disclaimer ! Permettez-moi de récuser !


 Peut-être l'Eglise catholique cessera-t-elle un jour de canoniser et de béatifier. Le président de ce qu'il est convenu d'appeler la république française est un des rares monarques, avec celui du Saint-Siège à être investi de ce pouvoir qui n'a rien de "normal". J'aimerais penser qu'un jour, on cessera de transférer dans le monument parisien dit Panthéon, les restes de personnes décédées depuis moins de 300 ans par exemple.

mercredi 8 mai 2013

Le 8 mai : une célébration inopportune

Le 8 mai 1965, on commémorait le vingtième anniversaire de la fin en Europe de la Seconde Guerre Mondiale. Sur les ondes de Radio Luxembourg (qui prendra le nom de RTL en 1966), Raymond Cartier relevait les différences entre les commémorations de ce 8 mai selon les pays, et notait que dans les pays (Etats-Unis, Royaume-Uni) dont le titre de co-vainqueurs de la Seconde Guerre Mondiale était incontestable, les cérémonies étaient plus sobres qu'en France, comme si en France, certains voulaient compenser leurs doutes quant au bien-fondé d'un droit de ce pays à prétendre au statut de vainqueur par un étalage de symboles pour essayer de s'y faire croire.

Le quotidien L'Aurore (Robert Lazurick) offrait un abonnement d'un an aux jeunes gens nés le 8 mai 1945. Dans le même journal, on pouvait lire que le Chancelier fédéral allemand Ludwig Erhard déclarait qu'il était impossible aux Allemands de célébrer le 8 mai, car la victoire des vainqueurs, puis leurs divisions avaient laissé l'Allemagne divisée et privée du droit à des élections libres dans tout le pays. Le même journal publiait une photographie de l'ambassadeur du Royaume-Uni en France, Sir Patrick Reilly, mis en présence de son collègue de Chine continentale, pays avec lequel la France avait établi des relations diplomatiques quatorze mois auparavant. Les deux diplomates s'évitent du regard.

A Colombes (1), la présence de drapeaux américains au sommet de mâts place Rhin et Danube (l'espace qui faisait communiquer les rues Saint-Denis et du Bournard) détonne : depuis des mois, la propagande anti-américaine sous couvert de campagne pour la "paix au Vietnam" est intense; l'arrivée à la mairie en mars 1965 d'une municipalité dite d'Union Démocratique dirigée par Dominique Frelaut (communiste) peut augurer d'une intensification de cette campagne : pour nous rendre en famille dans notre région d'origine, dans l'Aisne, nous traversons des communes dirigées par des communistes : Genevilliers, l'Île Saint-Denis etc... où la propagande en faveur de la "paix au Vietnam" est obsédante (mais je suis vacciné) (2). Une des adjointes de Dominique Frélaut est Hélène Le Savouroux, épouse du chef de file colombien de la S.F.I.O.. Photographiée devant un monument au morts ce 8 mai, Hélène Le Savouroux a le style d'une jeune femme moderne du milieu des années 1960. Les Le Savouroux ne sont pas des fanatiques (rien à voir avec le PS xénolâtre d'aujourd'hui, qui semble descendre du PSU plus que de la S.F.I.O.) : trois ans plus tard, en 1968, dans une profession de foi dans laquelle Bernard Le Savouroux fait le tour de ses concurrents pour les élections législatives des 23 et 30 juin, il juge que le candidat du mouvement de Jean-Louis Tixier Vignancour est "courageux" mais que les positions de son chef de file doivent en éloigner tout "démocrate socialiste" (c'est le terme qu'il emploie).

Un salon de coiffure est ouvert ce 8 mai 1965 sur la place de la gare (en fait : avenue de l'Agent Sarre, un peu avant le croisement avec l'avenue Menelotte); j'y entre pour m'y faire couper les cheveux; pendant que j'attends, un client parle du 8 mai; je dois l'entendre dire que les vainqueurs de la Seconde Guerre Mondiale (auxquels il s'identifie et auxquels je ne m'identifie pas) qu'il a vécue n'ont pas exercé de vengeance "oeil pour oeil, dent pour dent" contre leurs adversaires vaincus (il est mal informé).

Les piliers du viaduc de l'avenue Ménelotte à partir de la gare de Colombes vers la gare du Stade sont régulièrement recouverts d'affiches d'un parti de la majorité municipale : le P.S.U.. Ce mouvement représente un des pôles (3) de l'horreur politique à mes yeux, par son discours culpabilisateur, égalitariste, tiers-mondiste, "antiraciste". Il a ses entrées non seulement à la Mairie de Colombes, mais aussi chez les militants chrétiens qui fréquentent la paroisse catholique Saint-Pierre Saint-Paul : le chef de file local du P.S.U. est l'imprimeur Cary, dont l'atelier est sis rue du Four, petite rue médiévale le long de l'église (l'ancienne); il est imprimeur du P.S.U. et de la paroisse. Un beau jour de printemps, me promenant rue du Four, dont les murs étaient recouverts ça et là d'affiches du P.S.U. pour la "paix au Vietnam", je décide d'en arracher une; relevant la tête, je remarque que d'une fenêtre du presbytère, un vicaire, le Père Seince (récemment rappelé à D.), fils de la Charité (4), a observé la scène et semble d'autant plus assombri qu'il me connaît de vue : il m'a fait la catéchisme quelques semaines dix ans avant, et m'a déjà aperçu dans l'église (l'ancienne). Je ressens cette expérience comme gratifiante. Le 8 mai, c'est aujourd'hui, demain ce sera le 9, journée de l'Europe, et j'aime mieux ça. Depuis 7 ans, grâce notamment à son maire de l'époque, Paul Bouchu, Colombes est jumelée avec Frankenthal (5) dans le Palatinat et depuis un an avec Legnano (6) dans le nord de l'Italie. Vive l'Europe !

En 1975, à l'occasion du trentième anniversaire de la fin de la Seconde Guerre Mondiale en Europe, Valéry Giscard d'Estaing, président de la République abolit la célébration officielle et nationale de la "victoire" du 8 mai 1945. Son successeur, Francisque, pardon : François Mitterrand, commit la faute de la rétablir à partir de 1982.

NOTES

(1) 48°55'25" N  / 02°15'08" E

(2) Le vaccin est composite : anticommunisme, considération du fait que si j'était américain je pourrais être au Vietnam du fait de la conscription, mis en danger par les Vietcongs qui sont volontaires par définition;
de même, si j'avais dix ou quinze ans de plus j'aurais pu être en Algérie du fait du service militaire obligatoire, mis en danger par les fellaghas du FLN djézaïrien; et aussi bien ce FLN que le Vietcong ont et avaient la sympathie des communistes;

(3) L'autre pôle est le stato-nationalisme cocardier, machine à faire se déchirer les Européens entre eux pour le plus grand bénéfice du reste du monde, et à faire rajouter des noms sur les monuments aux morts à chaque génération; à l'époque, il est incarné par la mouvance DeGaulliste, aujourd'hui par les prétendus "souverainistes" (qui ont volé ce mot aux Canadiens);

(4) Les Fils de la Charité ont été fondés par le Père Anizan; il s'agit d'une dissidence issue d'une congrégation plus ancienne fondée par St Vincent de Paul; les Fils de la Charité ont été en charge des paroisses catholiques de Colombes (sauf peut-être (?)  celle des Vallées qui est à cheval sur 3 communes) de 1921 à 2003. Globalement, ils y ont fait beaucoup de bien. Ce que le Concile Vatican II a pu avoir malgré tout d'aspects positifs a été mis en place par eux à Colombes avec 15 ou 20 ans d'avance; ils ont permis à beaucoup de gens de découvrir une autre Eglise que celle qu'ils avaient pu connaître. Par la suite, cette pastorale a pu être contaminée par le béguin des issus de l'immigration des suds du monde, la propension à la générosité avec ce qui n'est pas à soi parce que c'est tristement humain, mais on a fait pire dans d'autres églises, issues de la Réforme, sous l'influence de groupes comme la CIMADE "mouvement oecuménique d'entraide" et membre de la Fédération Protestante de France;

(5) Le jumelage avec Frankenthal est bien vivant, y compris au niveau du partenariat entre les groupes politiques des conseils municipaux respectifs (notamment les Verts);

(6) Le jumelage avec Legnano semble mis de côté; ne serait-ce pas du fait du sectarisme de la Gauche qui a sévi à la mairie de Colombes de 1965 à 2001 et de 2008 à 2014 ? : la commune de Legnano est administrée par la Lega (ex Lega Nord), qui représente le phénomène le plus intéressant et un des plus positifs de la politique européenne récente.


mardi 16 octobre 2012

17 octobre 1961 : de la repentance ? Pas en nom !

Vanessa Burggraf, présentatrice de la chaîne France 24, affirmait à la mi-octobre 2011 que des personnalités attendaient de la Vrôôônce (1) (que, quoi ou qui désigne ce nom ?)  "reconnaisse" sa responsabilité (qu'est-ce à dire ?) dans la gestion de la répression de la manifestation d'Algériens à Paris et alentours le 17 octobre 1961.

En 2012, la même chaîne entend commémorer l'évènement en donnant la parole à des "Algériens de France" pour leur permettre, n'en doutons pas, de culpabiliser les Eurofrançais (2) et de les conduire à admettre que, du fait notamment de cette histoire, les personnes issues des flux migratoires sud-nord "ont des droits" sur eux.

Adolescent, j'ai été contemporain de ce développement des derniers mois de la guerre d'Algérie. Il n'y a aucune raison d'exprimer une quelconque repentance, de présenter des excuses ou quoi que ce soit de ce genre. Que celles et ceux qui croiront pouvoir et devoir le faire ne le fassent qu'en leur nom et se ridiculisent ainsi. Ils ne me représentent pas. Je leur dénie le droit de parler pour moi.

La manifestation répondait à un appel du FLN, l'organisation algérienne dont la branche militaire, composée de volontaires, tuait des soldats français en Algérie. Si j'avais eu dix ans de plus en 1961, j'aurais pu tomber en Algérie sous les balles des instigateurs de la manifestation En appelant les Algériens de Paris et de sa banlieue à manifester comme ils l'ont fait, le FLN algérien posait un acte de guerre sur le territoire métropolitain (3)., et il fallait s'attendre à ce qu'il soit répondu à cet acte de guerre. Sauf exceptions, les manifestants répondant à l'appel du FLN étaient tous volontaires, ce que n'étaient pas la plupart des soldats français servant à la même époque en Algérie, et qui ne s'y trouvaient que parce qu'ils appartenaient à des classes d'âge données et étaient ressortissants français de sexe masculin., donc soumis à la conscription (4).

Le FLN algérien a voulu montrer son influence sur les Algériens de la Seine. Ce faisant, il a fait peur et est responsable de la dureté relative (oui, relative) de la répression dont ont été victimes ceux qui ont suivi son appel à manifester. La répression dont on se gargarise aujourd'hui pour la stigmatiser répondait à une provocation grossière. Le FLN algérien invitait à cette répression de gens qu'il a instrumentalisés. La mesure de la peur et de la colère de certains Eurofrançais témoins ou contemporains de cette provocation du FLN algérien peut être évaluée à l'aune d'une intervention d'un conseiller municipal de Paris : il préconisait devant cette assemblée une rafle de militants FLN, et leur embarquement sur un navire à couler en pleine mer; j'ai entendu à la maison, de la bouche d'un de mes proches parents une préconisation similaire. Je suppose que le fantasme récurrent d'Algériens noyés provient en partie de ces propos pronocés sous le coup des émotions-soeurs de la colère et de la peur. Mon souhait, mon attente, c'était que l'Algérie devienne rapidement indépendante, et que le plus grand nombre possible des Algériens qui vivaient parmi nous quittent la France d'Europe dans la foulée de l'accession de leur pays à l'indépendance. Je n'étais ni partisan de l'Algérie française, ni  encore moins sympathisant du FLN et des prétendus mouvements de libération nationale de ce qu'on appelait le Tiers Monde. Je souhaitais la sécession de l'Algérie ... pour ne pas avoir neuf millions de concitoyens musulmans algériens dans le cadre d'une France s'étendant de Dunkerque à Tamanrasset. Je n'ai pas vraiment changé d'avis.

J'habitais Colombes (Seine). Quatre ans auparavant, au sortir d'une grande manifestation sportive à laquelle assistait le président René Coty, à Colombes, le FLN avait fait assassiner un notable algérien musulman, ancien vice-président de l'Assemblée algérienne (mise en sommeil en raison des évènements). La communauté algérienne, et plus généralement maghrébine, était très représentée à Colombes et dans les communes voisines (Nanterre, Argenteuil). Sa présence inquiétait d'autant plus que la presse populaire de l'époque ne cachait rien de la guerre algéro-algérienne que se livraient en banlieue le FLN  et son rival le Mouvement Nationaliste Algérien (MNA). On craignait que cette population qui vivait parmi nous ne réponde à des mots d'ordre du FLN. C'est ce qui est arrivé le 17 octobre 1961. Je me souviens, au retour d'une promenade dominicale en famille, d'avoir vu le terre-plein situé en face de la gare de Colombes, au débouché des rues Victor Hugo, Saint-Denis, de l'Indépendance ou de l'avenue Ménelotte, et de l'avenue de l'Agent Sarre, noir de monde : on venait d'y arrêter un Algérien qui avait assassiné un gardien de la paix du commissariat de Colombes.

On pouvait rencontrer à Colombes, administrée par la veuve UNR de Stanislas Devaud (5) des sympathisants et des compagnons de route du FLN : le calamiteux Parti Socialiste Unifié (PSU) y était assez actif; son animateur semblait être un imprimeur du nom de Cary. Ce Cary était en outre l'imprimeur attitré de la Paroisse Catholique Saint-Pierre Saint-Paul, animée par les Fils de la Charité. Dix ans après les évènements de 1961, le maire communiste de Colombes, Dominique Frélaut, dut se séparer d'une de ses adjointes, une jolie demoiselle du PSU et de la CFDT, militante paroissiale de Saint-Pierre Sant-Paul.. Cette trentenaire bien intentionnée était visitée par des fantasmes qui lui faisaient voir, en 1971, des policiers jeter des Algériens dans la Seine.

En octobre 2012, le maire socialiste de Colombes, Philippe Sarre, entend commémorer les évènements d'octobre 1961, réduits à la répression d'une "manifestation pacifique" (sic) en présence de diplomates algériens et... d'un membre du gouvernement algérien (6). C'est tout simplement déguelasse.


N O T E S

(1) cette graphie ne vise pas une prononciation, un accent quelconque; elle se réfère au caractère très abstrait de l'idée de nation actuellement en vogue, qui ferait souhaiter que le pays change de nom. Si la France est à tout le monde, ou peut être à tout le monde, si elle est avant tout le pays des droits de l'Homme (on a envie d'écrire "droidloms" par dérision, puisque c'est au nom des droits de l'Homme qu'on s'en prend aux libertés fondamentales) plutôt que celui de ses habitants, elle devrait changer de nom : je propose quelque chose comme la Vrôôônse;

(2) qu'on le veuille ou non, qu'on accepte de le voir ou non, le communautarisme existe; le dénoncer n'aboutit qu'à criminaliser le recours éventuel à ce cadre de solidarité par personnes non issues des flux migratoires, disons, du dernier demi-siècle;


(3) ce n'était pas une manifestation pacifique : elle répondait à un mot d'ordre du FLN en guerre avec la France et avec d'autres mouvements nationalistes algériens (dont le MNA de Massali Hadj); que le FLN se soit servi de femmes et de jeunes personnes sans armes pour tester son influence et son autorité sur des Algériens en France d'Europe n'y change rien;

(4) Les bandes de volontaires de Rol Tanguy et de Kriegel Valrimont, ou même de Leclerc, ont beaucoup plus tué ou massacré, et dans des conditions souvent ignominieuses, lors de la "libération de Paris" de l'été 1944, que les policiers commandés par Maurice Papon en octobre 1961 qui n'ont tué, sauf exceptions, que des volontaires, ce que n'étaient pas la plupart des hommes du général Von Choltitz.
Un crime de guerre, voire contre l'humanité, commis par la Résistance, parmi tant d'autres survenus en août et septembre 1944 : à Paris, rue de la Harpe, au Quartier Latin, dans ce que je crois pouvoir situer au Centre de Santé Hostater, qui dépend du C.R.O.U.S. de Paris, des résistants ont assassiné un soldat allemand, mineur d'âge, blessé et prisonnier, malgré les supplications d'une infirmière en service dans ce centre de secours ouvert pendant les combats de ce qu'il est convenu d'appeler la libération de Paris; l'"héroïque" libertador commenta ainsi son geste : "On les tuera tous" (cité dans "Paris brûle-t-il ?" de Lapierre et Collins). Le journal communiste L'Humanité avait appelé au meurtre : "A chacun son Boche", "Pas un Boche ne doit sortir vivant de Paris". Le blessé assassiné n'a pas sa plaque commémorative. Son assassin l'a peut-être, s'il a été tué à son tour peu après. Mais lui était volontaire. S'il avait perdu la guerre...il aurait pu, et dû, être considéré comme criminel de guerre, voire contre l'humanité.

(5) il s'agissait de Marcelle Devaud, née Guggenheim; les Guggenheim étaient des juifs d'Alsace installés en Algérie après la conquête française; paradoxalement, si on peut dire, Stanislas Devaud représentait un mouvement qui entendait plutôt promouvoir les populations arabo-musulmanes des départements français d'Algérie : la Solidarité Française; par dérision, les adversaires de ce mouvement  l'appelaient parfois la Sidilarité Française : dans l'imaginaire familier des Eurofrançais d'avant les flux migratoires massifs des années 1960, les personnes originaires d'Afrique du Nord étaient souvent associés à la figure du marchand ambulant de tapis, dénommé "sidi" (ce qui veut dire "monsieur" voire "seigneur" en arabe, voir : Le Cid, de Corneille), ce qui pouvait être légèrement ironique voire péjoratif de la part des Eurofrançais, mais pas aux oreilles des intéressés ainsi "anoblis";

(6) l'actuel gouvernement de l'Etat qui s'est donné le nom de République Algérienne Démocratique et Populaire se trouve ainsi conforté dans sa légitimité historique : il est issu du FLN qui avait appelé à cette manifestation du 17 octobre 1961;