lundi 20 avril 2015

Roland Cayrol en babouches

Roland Cayrol, un ancien démoscope sympa

J'ai dû voir Roland Cayrol pour la première fois sur France 5 dans l'émission "C'est dans l'air".

Il était alors responsable d'un organisme d'études de l'opinion, de sondages, dénommé CSA (à ne pas confondre avec le C.S.A., Conseil Supérieur de l'Audiovisuel).

La modération de son ton, l'apparente pertinence de ses analyses m'avaient séduit. Avec son physique de "bon gros", il était le sondeur auquel je n'aurais pas songé à cacher quelque chose s'il avait voulu connaître mon opinion sur des questions relatives à la chose publique, à la société, à l'Histoire. Roland Cayrol dégageait une impression de force avec sa tête léonine qui correspond curieusement au signe astrologique de sa naissance.

Certaines réactions de Roland Cayrol m'avaient toutefois alerté et déçu.

Roland Cayrol franchit la ligne jaune : il fait l'apologie de l'autocensure

Alors qu'un homme public en vue et proche du pouvoir au cours de la période 2007-2012 avait été poursuivi et condamné pour des propos privés rendus publics par malveillance, Roland Cayrol, appelé à commenter cette affaire, avait lâché sur un ton péremptoire : "Ca (la condamnation) apprendra à ne pas se lâcher". Les propos injustement incriminés étaient pourtant raisonnables, modérés, mais offensaient la "correction politique". Ils correspondaient à ce que je pense et exprime souvent. Il était décevant qu'un sondeur, un étudiant de l'opinion publique se réjouisse qu'une condamnation, les lois sur le fondement desquelles elle avait été prononcée, obligeâssent les personnalités publiques à s'auto-censurer encore davantage. D'autant plus qu'il s'agissait, je le redis, de propos privés que j'aurais approuvés, qui ont été rendus publics par malveillance, dans un but polémique. Roland Cayrol avait franchi à mes yeux une ligne jaune.

Roland Cayrol récidive

Plus tard, sur le plateau d'une émission de télévision, Roland Cayrol débattait avec d'autres intervenants, dont Ivan Rioufol du Figaro, de je ne sais plus quelle question. Au cours de la discussion, Ivan Rioufol s'est inquiété du degré de vouloir "vivre ensemble" qui pouvait subsister encore, ou non, parmi les populations résidant sur le territoire de la France d'Europe, dans leur diversité. Roland Cayrol a semblé alors vouloir couper court à certains débats en tranchant de façon péremptoire et autoritaire, déclarant en substance : la communauté française musulmane est en grande demande d'intégration. Faisant mine d'être convaincu sans être lui-même convaincant dans cet exercice, Ivan Rioufol a soupiré quelque chose comme : eh bien tant mieux. Roland Cayrol a tort et contribue à la mésinformation du public : ce qu'il appelle la communauté française musulmane est en croissance et diversification constantes. Elle tient à se faire une place de plus en plus large, à s'"intégrer" si on veut, sûrement pas à s'assimiler. Roland Cayrol choisit d'ignorer et de taire que cette communauté pour laquelle il éprouve une sympathie visible veut s'"intégrer" à des conditions qui ne sont pas recevables et acceptées par de larges secteurs du reste de la population résidant en France d'Europe.

Roland Cayrol dans "Hondelatte Direct" sur BFM : du pur foutage de gueule

Dimanche soir 19 avril MMXV. Emission "Hondelatte Direct" sur BFM.

Roland Cayrol était invité à débattre avec Eric Brunet de deux thèmes de l'actualité du week-end : une inintéressante prestation de F. Hollande sur Canal Plus d'une part, la recrudescence des naufrages en mer de desperados partis à l'assaut des côtes européennes d'autre part.

Eric Brunet passe pour être un journaliste aux idées de droite, comme on dit. Souvent, il assume. Parfois, il assume beaucoup moins. Ce soir-là, il assumait nettement moins. Il nous a resservi l'argument usé selon lequel le remède aux flux migratoires intercontinentaux sud-nord serait le développement de l'Afrique. Très bien. Mais il convient de garder à l'esprit l'avertissement-chantage du député PS des Français de l'Etranger Pouria Amirshahi : on ne pourra pas coopérer avec l'Afrique et dire aux Africains : nous ne voulons pas de vous chez nous. Autrement dit : les dirigeants africains sont invités à mettre en concurrence leurs partenaires européens et à donner la préférence à ceux qui sont disposés à accueillir le maximum de leurs ressortissants. Pouria Amirshahi se comporte en député de l'Etranger tiers-mondain en France. Et Eric Brunet, en ignorant l'avertissement-chantage du député PS, ancien président de l'U.N.E.F., donne des gages de conformisme et de correcton politiques.

Roland Cayrol, qui a abandonné ses parts de l'Institut CSA à Bolloré, "pantoufle" désormais sur les plateaux de télévision. Ses pantoufles ressemblent à des babouches. Pour Roland Cayrol, la priorité ce n'est pas d'empêcher le départ d'Afrique de candidats à l'émigration illégale et clandestine vers l'Europe. C'est d'en sauver le maximum de la noyade. Et peu lui importe apparemment si ça encourage davantage de migrants à défier les lois des pays européens. Roland Cayrol n'entend pas protéger l'Europe d'un afflux croissant et incessant d'immigrés africains maghrébins ou subsahariens. Il entend protéger au contraire ces derniers de la réticence des Européens à se laisser submerger par eux. Roland Cayrol s'en prend alors au député UMP des Hauts-de-Seine Thierry Solère qui observait que la France était trop attractive pour les candidats à l'émigration en Europe. Et Roland Cayrol de participer ouvertement au foutage de gueule et à la désinformation en prétendant, comme Jean-Marie Colombani récemment sur Slate.fr, que la part des immigrés dans la population de France d'Europe est stable, constante, et que la France n'arrive qu'au 54e rang mondial des pays de destination des flux migratoires.

La ligne rouge est alors carrément franchie, et même bien au-delà. Roland Cayrol a perdu ici sinon son honneur, du moins sa crédibilité scientifique. Pour prétendre que la population immigrée est stable, il faut en enlever les illégaux, les clandestins, c'est-à-dire des groupes qu'on ne peut par définition ni dénombrer, ni évaluer de façon rigoureuse, les touristes et étudiants qui ne repartiront pas, qui sont entrés dans la ferme intention de ne pas repartir, qui seront régularisés sans entrer dans les statistiques d'immigration, ou acquerront directement, d'une façon ou d'une autre, la nationalité française, et puis les personnes auxquelles est attribuée la nationalité française à leur naissance même s'ils sont nés de deux parents étrangers, ou à leur majorité. Ce qui représente sur quelques années, un quinquennat par exemple, des millions de personnes. Roland Cayrol, quand il se promène, ne regarde pas les noms qui figurent sur les boites à lettres des habitations, sous les boutons de sonnnette. De toute façon, il a décidé que ceux qui devenaient Français n'étaient plus immigrés, ce qui dégonfle les statistiques. Il ne s'intéresserait sans doute pas à la lecture de la rubrique "naissances" de l'état-civil publiée dans le journal municipal de sa commune. Même si les deux tiers ou les trois quarts des nouvellement-nés portent des prénoms et patronymes originaires d'Outre-Méditerrannée, voire d'Outre-Sahara, il n'y verra pas d'immigrés. Puisqu'ils sont Français à la naissance, ou ont vocation à le devenir. Cette lecture, ou non lecture, participe au mensonge statistique. Elle est très courante.

A cet exercice de désinformation, Roland Cayrol met un point d'orgue. Il explose : c'est tout de même malheureux, dit-il en substance, que pour se faire applaudir, il faille en France, taper (sic) sur les immigrés qui ont toute de même (re-sic) largement contribué à la prospérité de l'économie française depuis quarante ans. Là, mon pauvre Roland, tu franchis carrément le mur du çon ! Quarante ans ? Mais ça nous ramène à 1975. L'année précédente, l'immigration de main d'oeuvre a été théoriquement arrêtée, avec hélas en compensation, l'ouverture insensée au regroupement familial. C'est depuis quarante ans, la fin des Trente Glorieuses (1945-1975), que l'économie croît très faiblement, voire stagne.

On attendrait davantage de rigueur, de non conformisme, d'indépendance, d'un démoscope retraité réputé, à tort, pour sa modération. Qu'est-ce qui explique la participation de Roland Cayrol à la désinformation et au foutage de gueule en matière d'immigration ? Pourquoi ce ralliement à l'hyper-correction politique ? La réponse est dans le souffle du vent.

Pourtant, à écouter les discours et à observer les comportements de Claude Bartolone, de Frédéric Mitterrand, de Roland Cayrol et de quelques autres, on est amené à se demander s'ils ne sont pas influencés par leur naissance Outre-Méditerrannée. Roland Cayrol est né au Maroc de parents pieds-noirs d'Algérie. Faut-il voir dans ses propos désinformateurs et moralisateurs sur les flux migratoires intercontinentaux sud-nord l'expression d'une part de mauvaise conscience, infondée d'ailleurs, d'un descendant de colonisateurs ? Qui le pousse à emprunter les habits d'un Turc de profession, comme on disait au XVIIIe siècle, d'énamouré des Maures ? Peut-être ?

Est-ce à nous de payer la facture de ces mauvaises consciences en nous résignant à être les colonies de peuplement de nos anciennes colonies, ou d'autres territoires ?