dimanche 13 février 2011

L'Europe à l'épreuve du désamour

Premier petit déjeûner-débat du Mouvement Européen - France de l'Essonne à la MJC d'Evry le samedi 5 février 2011, en présence de la présidente de la section et de nombreux adhérents. L'invité était un avocat spécialiste du droit européen qui a notamment évoqué  l'impact, souvent insuffisamment perçu, du droit européen dans la vie quotidienne des résidents des pays de l'UE.

On s'est, à certains moments de l'intervention de l'invité, interrogé sur la désaffection relative d'une partie de l'opinion envers la construction politique de l'Europe.

Quelles peuvent en être les raisons ?

Voici ce qu'on aurait, ce que j'aurais pu dire :

Tout d'abord, il faut cesser de se mentir à soi-même sur l'histoire de la construction européenne. Elle ne s'est pas mise en marche il y a un peu plus de soixante ans sur le coup d'une adhésion à des valeurs, à la démocratie, d'un désir de paix, même si ces éléments ont joué un rôle, qu'on exagère aujourd'hui. Il s'est davantage agi de permettre à la France de sortir de l'impasse dans laquelle la maintenait une politique allemande fondée sur un programme de démembrement de l'Allemagne (programme non seulement de De Gaulle dans la 2ème moitié des années 1940, mais encore de son successeur immédiat à la présidence du Gouvernement Provisoire, le S.F.I.O. Félix Gouin). Ni Londres, ni Washington, ni Moscou ne suivaient la France sur ce terrain de "non reconstitution d'un Reich" comme on disait en France pour se faire peur.

Les dirigeants de la France de l'immédiat après-guerre n'ayant pu empêcher ni la création de la Bizone anglo-américaine, ni la création de la RFA ont dû faire contre mauvaise fortune bon (?) coeur et s'engager dans une politique de limitation de la souveraineté de la RFA qui s'est appelée la politique d'intégration européenne. Mais pour que ce soit acceptable pour Bonn, il fallait que la France, et d'autres qui la rejoignaient, acceptassent de limiter également leurs souverainetés. Ce qui a été plus ou moins accepté, souvent contesté, mais a tout de même bien fonctionné. Merci Jean Monnet.

Ensuite, la "chance" des promoteurs de la construction européenne a été de disposer d'un ennemi extérieur puissant, facilement identifiable : l'URSS et ses satellites. On se souvient du discours de Paul-Henry Spaak à la tribune de l'A.G. des Nations-Unies : le moteur de notre politique, dit-il à l'adresse de la délégation soviétique, c'est la peur, la peur de vous, la peur de votre système. On a ironiquement proposé de ranger le Maréchal Staline parmi les Pères de l'Europe. Les successeurs de Staline, jusqu'à Tchernenko et même Gorbatchev au début, l'ont remplacé.

Il n'y aura pas de fédération européenne sans identification d'un ennemi, ou d'un danger EXTERIEUR. La correction politique s'oppose actuellement à l'identification de cet adversaire, de ce, ou de ces dangers. Mais comme il n'y a pas d'action politique sans désignation d'un ennemi, le seul ennemi, le seul danger désignés sont INTERNES : c'est le prétendu populisme. Alors, on nous endort, on nous "bassine" avec des "valeurs" qui ne peuvent pas être spécifiquement européennes parce qu'elles sont universelles. On refuse de donner à l'Europe des limites territoriales, on la dilue. C'est l'Europe des directeurs de conscience de la chaîne Arte, qui n'a de vraiment franco-allemand que le financement. Les "méchants", les déviants, les hérétiques sont à l'INTERIEUR de l'Europe, non à l'EXTERIEUR. Les besoins d'autonomie, de protection, voire de protectionnisme sont méconnus, leur expression est dénoncée, diabolisée comme populiste. Etonnez-vous après ça de la montée de l'euroscepticisme, des souverainismes, du stato-nationalisme et autres attitudes de régression !

Aucune construction politique de type étatique n'a jamais été édifiée sur des "valeurs", surtout universelles, même si ces "valeurs" peuvent ultérierement contribuer à son maintien, à sa pérennité. Toute construction de ce type s'affirme devant un ennemi ou des dangers EXTERIEURS. Si je n'étais pas "natiosceptique", je serais souverainiste.

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